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Ecole de Dégustation de vins
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Clos Marie (Coteaux du Languedoc / Pic Saint Loup) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Clos Marie
Coteaux du Languedoc – Pic Saint Loup

présenté par Christophe Peyrus

 

Grains Nobles Paris le 27 janvier 2005

C’est sur 24 ha au total (dont 20 actuellement en production) qu’officie, depuis un peu plus de dix ans, l’un des plus brillants vignerons du Languedoc. C’est précisément en 1992 que Christophe Peyrus s’est installé à Lauret (40 km de Montpellier), l’une des treize communes à bénéficier de l’AOC Pic Saint Loup, du nom de cette petite montagne des contreforts des Cévennes, « culminant » à 658 m. Les  vignes y sont plantées à une altitude variant de 150 à 350 m et se répartissent entre 47 caves produisant en moyenne 23 000 hl/an. Cependant, au-delà même de ces quelques données de base, c’est par son dynamisme, les relations amicales et stimulantes entre vignerons que cette petite appellation se distinguent. Sur le Clos Marie, comme sur les autres propriétés du Pic, trois cépages sont roi : le Grenache, ancestral dans le Languedoc, la Syrah, introduite dans les années 1960 et le Mourvèdre, qui n’y apparaît que dans les années 1980. De manière plus limitée, le domaine possède d’autres cépages régionaux classiques : de très vieux Carignan et Cinsault qui entrent dans la cuvée des « Métairies du Clos ».

En arrivant au domaine, Christophe Peyrus a d’abord dû, comme la plupart des grands vignerons actuels de la région, engager une sévère reprise en main du vignoble pour passer progressivement du vin de coopérative au grand vin actuel. La production en cave particulière ne démarre ainsi qu’en 1994, sur les 7 ha en production à l’époque. Les tout débuts se caractérisent par une activité intense de plantation mais aussi par des erreurs de jeunesse (faible densité (4000 pieds/ha), mauvais portes greffes, clones). Très vite, 5 ha sont replantés à l’aide de sélections massales de grande qualité avec des densités toujours plus élevées. Aujourd’hui, les dernières (re)plantations se font à 9000 pieds/ha, conformément aux standards de la viticulture d’élite et à une densité, comme en atteste les vieux écrits du Domaine de Cazeneuve, voisine de celle que le Languedoc avait connu dans les périodes heureuses de son histoire.

Pour Christophe Peyrus, aidé de 7 personnes à temps plein, la réflexion sur le vin est avant tout une réflexion sur la vigne. C’est pourquoi il a définitivement choisi le labour, les vendanges manuelles ou encore de passer progressivement de la lutte raisonnée à la biodynamie. C’est en effet cette attention portée sur le matériel végétal, associé à un grand savoir-faire à la cave, qui lui permet d’obtenir quatre cuvées de rouge, une cuvée de blanc et une cuvée de rosé de saignée d’une grande élégance, chacune dans sa catégorie. En rouge, la première cuvée est l’Olivette (la cuvée « Quatre saisons », pour ceux qui connaissent bien le domaine, ayant disparu et ayant été intégrée à la première). Plantées sur des anciennes oliveraies, les vignes donnent naissance à un vin qui évolue de manière étonnante vers des arômes d’olive noire, de tapenade et de garigue. La grande cuvée, elle, a pris le nom du fils : « Simon » (15 000 à 17 000 bouteilles/an). Elle se distingue par un « fumé » et des « notes d’agrumes » qui signent les grands terroirs du Pic Saint Loup. Il existe également une cuvée issue d’un terrain en fermage depuis 1999 (les « Métairies ») et une cuvée presque confidentielle, qui ne sort que dans les grands millésimes, et qui a pris le nom d’une île française de l’océan indien : les « Glorieuses ». Enfin, la cuvée de blanc, issue majoritairement de Roussane surgreffée ainsi que de quelques autres cépages locaux, est produite à environ 10 000 bouteilles chaque année, sous le nom de la petite sœur de Simon : « Manon ».

Si l’âge des vignes joue un rôle dans l’affectation du raisin aux différentes cuvées, c’est d’abord le terroir que Christophe Peyrus veut exprimer. Sur la commune de Lauret sont effet présents trois types de sol : 1) les éboulis du Piémont (sol vieux, assez argileux, de l’époque tertiaire), qui entrent à 50% dans la cuvée « Simon » ; 2) les éboulis du quaternaires et 3) d’autres terroirs du quaternaires issus de la désagrégation de la roche-mère. Ces derniers, argilo-marneux, entrent également dans 50% de la cuvée « Simon ».

Si le travail à la vigne est primordial, le travail en cave n’en est pas moins soigné, et ce dans le moindre détail, depuis le choix scrupuleux des bouchons jusqu’à celui des barriques, qui proviennent de deux tonneliers (Saury et François) et des trois principales forêts de chêne (Allier, Tronçais et Nièvre). Le soufre est utilisé à minima (5 à 6g/L à l’entrée et 1,5g/L à la mise en bouteille). Le vin est très peu soutiré (en générale une fois après la fermentation malolactique). Les élevages sont longs : deux hivers pour « Simon » (qui est mis en bouteille en juin) et trois pour les Glorieuses. Cet élevage long et le froid permettent de stabiliser le vin et évite les collages ou filtrages. Et le vin atteste de l’intensité des soins qui concourent à son élaboration.

Dégustation :

La dégustation commence par la cuvée « Simon », issue de vignes qui ont entre 15 ans et 40 ans et composée, à part (approximativement) égales, de Syrah et de Grenache.

Simon 2001 (*****) est une cuvée à l’image du millésime dans cette région : une forte influence méridionale, avec de la chaleur et des pluies en juillet, une mois d’août idéal et une maturité précoce. Le vent a favorisé une grande concentration des baies et le temps lumineux mais relativement frais a permis  de conserver un bon niveau d’acidité. Le vin apparaît donc logiquement avec une robe assez foncée. Le nez, mentholé, fait ressortir la belle maturité du Grenache. L’attaque est droite, concentrée sans être lourde. Les tannins sont très fins et la finale longue.

Simon 2000 (****) présente au nez des notes de café et de boisé vanillé, ainsi que des odeurs qui rappellent davantage la Syrah. Si l’attaque reste droite, la bouche semble plus massive que le vin précédent. Le vin, dans une phase marquée par son boisé, mériterait probablement d’attendre un peu en cave. La finale est longue.

Simon 1999 (***(*)) n’est pas né sous les meilleurs hospices : beaucoup de pluie, vinification difficile dans lequel le vin a toujours semblé fermé. Avec le temps, ce vin semble enfin se livrer, mais toujours avec retenue : son côté fumé et minéral (avec une pointe métallique), son soyeux et sa rondeur en bouche en font, malgré sa relative austérité et sa plus faible longueur en bouche inférieure, un très beau vin de repas.

Simon 1998 (****(*)) avait eu plus de chance. Grand millésime dans le Languedoc, 1998 se caractérise par un été chaud, mûr et précoce, dans lequel la maturité alcoolique a été atteinte très rapidement (contrairement à la maturité phénolique). Foncé, trouble, présentant même un peu de dépôt, ce vin dégage un nez de pruneau à l’alcool, d’olive noir et de truffe, qui évolue dans le verre vers des notes d’eucalyptus, de thym et de confiture. La bouche, conforme à cette palette aromatique est structurée autour de tannins plus rudes que dans les vins précédents. La finale est longue et équilibrée.

Simon 1997 (***) avec sa robe plus claire aux reflets orangés se distingue par des arômes d’olives noires et vertes. Son attaque est plus fluide et le milieu de bouche d’une complexité toute relative, même si le vin est de bonne facture. La finale n’est pas aussi longue que celle des vins précédents. Un très beau vin, néanmoins, pour ce millésime très difficile, gelé à plus de 40 % le 18 avril…

La dégustation se poursuit par la cuvée des « Métairies du Clos », issue d’un terroir tardif et gélif de 4 ha, en fermage depuis 1999. Ces terres de Lauret, faites d’éboulis du quaternaire, bénéficient de très vieux plans (plus de 50 ans) de Carignan, Cinsault et Grenache et d’un peu de Syrah de 30 ans. Après un gros travail de reprise en main de ce terroir qui servait la coopérative locale (avec des rendements de plus de 90hl/ha), Christophe Peyrus a décidé de fonctionner par une vendange de tous les cépages produits sur ces parcelles, en même temps, et d’utiliser les demi-muids (barriques de 600 L) pour ses élevages.

Les Métairies du Clos 1999 (***) à la robe brune moyennement intense et au nez de pruneau un peu rustique, présentent une attaque droite une bouche fraîche et bien faite. La finale semble un peu métallique et relativement courte.

Les Métairies du Clos 2000 (***(*)) sont plus foncés. Leur nez rappelle le café et le boisé de l’élevage. L’attaque, fraîche et dense, laisse place à une bouche encore marquée par le bois, structurée par une importante acidité.

Les Métairies du Clos 2001 (****) profitent à la fois de l’effet « grand millésime » et du travail réalisé à la vigne. La robe est pourpre et foncée, le nez marqué par un fruit très mûr et un boisé élégant. Concentrée, gourmande et équilibrée, la bouche présente néanmoins des tannins plus rustiques que « Simon ». La finale est longue. Une belle réussite.

Avant de goûter le seul blanc de la soirée, Christophe Peyrus nous propose une verticale du vin d’exception du domaine. Les « Glorieuses » sont en effet issues de Syrah et Grenache plantés sur un terroir très particulier dont le domaine possède moins d’un hectare : il s’agit d’un sol un peu plus lourd et plus profond se trouvant dans un cône de déjection et offrant au raisin dont les rendements sont très limités, une grande complexité.

Les Glorieuses 2001 (*****) sont indéniablement un très grand vin. Très foncé, presque visqueux à l’œil, le vin présente un nez très subtil et un tantinet austère. Le boisé y apparaît très élégant. Très dense en bouche, le fruit mûr s’y exprime avec volupté. Les tannins sont d’une finesse exceptionnelle et l’équilibre et la longueur d’anthologie.

Les Glorieuses 2000 (*****) sont  aussi un grand vin, même s’il  n’atteint pas la densité de 2001. Plus fermé, il se caractérise par un superbe équilibre, une grande maturité et une longueur impressionnante. A attendre…

Les Glorieuses 1999 (****) ne sont jamais sorti pour le public. Très fermé (et donc à attendre), le vin laisse néanmoins s’exprimer quelques notes de pruneau au nez. S’il a moins d’envergure et de fraîcheur que 2000 et 2001, il n’en demeure pas moins un vin très bien fait.

La robe des Glorieuses 1998 (*****) présentent des légers reflets orangés. Au nez, les notes d’évolutions apparaissent ainsi qu’un peu d’acidité volatile, qui ne nuit pas à son harmonie. Les tannins, un peu secs en attaque, laissent place à une bouche marquée par l’eucalyptus et le thym. La finale est longue. Une très belle réussite, loin de son apogée.

Les Glorieuses 1996 (*****) sont un très grand vin qui exprime les qualités du terroir tout en se situant intrinsèquement légèrement en dessous des millésimes plus récents qui bénéficient aussi de l’expérience acquise par le domaine. La robe présente des reflets orangés, le nez des arômes de pruneau et d’orange sanguine et la bouche, longue, une grande fraîcheur et une grande complexité. Un vin bien loin du déclin malgré ses presque dix ans…

Enfin nous avons fini par Manon 2003 (***), la seule cuvée de vin blanc du domaine. Particulièrement fermée et manquant peut-être un peu de fraîcheur dans cette année caniculaire, cette cuvée présente un beau gras, sans être pour autant, à ce stade, à la hauteur des millésimes parfois impressionnants qui ont pu être produits les années précédentes.

Finalement, cette dégustation aura permis de démontrer, à ceux qui en doutaient encore, que le Languedoc est capable de produire des grands vins et que, parmi ces grands vins, ceux de Christophe Peyrus sont désormais des références incontournables !

Rendez-vous dans quelques années pour une nouvelle démonstration, plus éclatante encore, à n’en pas douter…

David Flacher.

 

 
 
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