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Ecole de Dégustation de vins
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Château Cos d'Estournel (Saint-Estèphe) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Château Cos d'Estournel
2e Grand cru classé
Saint-Estèphe
Présenté par Jean-Guillaume PRATS

 

 

Ecole Grains Nobles
Lundi 14 juin 2004

 


Cos d'Estournel dans le Bordelais

Bordeaux s'est toujours enrichi d'investissements étrangers et de petites révolutions. La plantation des premières vignes par les Romains à Saint-Emilion , d'abord, symbolisée par la présence du poète Ausone. L'essor du vignoble Bordelais sous l'impulsion des Anglais, ensuite, quand Saint-Emilion d'Aquitaine a épousé Henri de Plantagenêt. Pendant des siècles, le vin était vendu en vrac dans toute l'Europe, en particulier sur les docks de Londres par des sociétés comme Lloyd's, Christie's. La notion de Château apparaît au XVIIIe siècle avec l'arrivée de deux types d'investisseurs. D'abord des membres du parlement de Bordeaux comme Montaigne, Montesquieu, Alexandre de Ségur. Puis à la fin du siècle, des aventuriers qui ont profité du chaos pour racheter des vignes, comme Louis d'Estournel. Il est intéressant de noter que les premiers ont fondé ce qui deviendra les Premiers Crus Classés, et les seconds, les Seconds Crus. On connaissait déjà les bons terroirs! Au XIXe siècle arrivent les grands financiers, Rothschild, Barton etc … apportant la vision commerciale, qui a abouti au classement de 1855. Aujourd'hui encore, Bordeaux attire les grands investisseurs, compagnies d'assurance ou personnalités riches qui apportent du sang neuf. C'est ce que vient de vivre Cos d'Estournel avec l'arrivée de Michel Reybier, homme d'affaires passionné par le vin.

Cos d'Estournel est une grande propriété de 75ha d'un seul tenant, au sud de Saint-Estèphe, à la limite de Pauillac, en face du Château Lafite. Alors que Margaux est un terroir de graves sablonneuses un peu plus léger, Saint-Julien sur des graves plus profondes, Pauillac sur des graves quaternaires un peu calcaires, Saint-Estèphe est sur des graves plus argileuses -argilo-calcaires- ce qui apporte une certaine fraîcheur (bienvenue dans les millésimes chauds comme 2003).

Trois buttes se succèdent de Pauillac à Saint-Estèphe: Mouton, Lafite et Cos, qui sont des lieux-dits. En haut de la butte de Cos, les graves chaudes conviennent au cabernet sauvignon apportant structure et capacité de vieillissement. Au bas de la butte, l'argile noire (assez différente de l'argile bleue de Pomerol ou de l'argile marron de Saint-Emilion , mais qu'on retrouve dans les Graves, par exemple à Haut-Brion) est un terroir extraordinaire pour le merlot qui apporte chaleur et richesse. Les vins de Cos d'Estournel, comme ceux de Montrose, et plus généralement de Saint-Estèphe, sont ainsi des vins puissants et aromatiques.

Le château de Cos a aussi son histoire. Pour s'affranchir de la place de Bordeaux qui n'appréciait pas son vin à sa juste valeur, Louis d'Estournel vendait son vin en Inde. Il a ainsi eu l'idée de se construire un palais avec des pagodes chinoises, indiennes, indonésiennes, dans un style absolument unique.

 

 

Les Pagodes de Cos et Cos d'Estournel  2001/2000
La notion de second vin est importante à Bordeaux, et ancienne, datant de près d'un siècle. A la différence du vignoble Californien, Bordeaux n'a pas la capacité de faire des grands vins avec des vignes jeunes.  Finesse des tannins, texture, densité et capacité de vieillissement demandent 20 ans. La jeune vigne a besoin d'être stressée: taille courte, protection phytosanitaire réduite, les maladies réduisant sa vigueur. Une vinification adaptée, avec moins d'extraction, permet d'obtenir des vins plus frais, moins denses, aux arômes de fruits rouges. L'élevage plus oxydatif, sans le laisser sur les lies, avec beaucoup de soutirages, donne un second vin qui s'ouvre plus rapidement.

Tant 2001 que 2000 sont de grands millésimes, dans des styles bien différents. Avec une vinification similaire, l'extraction a été nettement plus poussée pour le 2000; la fragilité du raisin en 2001 demandait un choix éclairé, cuve par cuve, entre pigeage, remontage, délestage ou macération post-fermentaire. Depuis le millésime 2000, le boisé a été revu, avec un toasté moins fort, moins de bois neuf, mais un plus long élevage en barrique.

 

Les Pagodes de Cos 2001 
 Robe rubis, légèrement transparente. Arômes de fruits rouges, boisé fin, discret. Encore sur le fruit. Belle fraîcheur. Une certaine fluidité en bouche. Déjà très abordable, et plaisant.

Les Pagodes de Cos 2000
Robe rubis, à peine plus dense que celle du 2000. Boisé plus marqué, nez "chaud" où se devine l'alcool, bien présent à l'attaque puis relayé par le gras bien présent aussi. Ce léger déséquilibre demande encore à s'estomper.

Cos d'Estournel 2001
 Rubis franc. Nez développé. Vanille, mûre, cuir. Attaque soyeuse, veloutée. La complexité du cabernet ressort en finale. Belle densité, parfait équilibre. Tanins très fins, sans agressivité aucune. Notes d'épices qui perdurent. Grande élégance. Subtil, style très bourguignon.

Cos d'Estournel 2000
Rubis sombre. Epicé, curry. Belle matière. Tannins plus présents, mais bien intégrés. Grande densité qui se maintient de l'attaque à la finale. Belle persistance.  Vin monumental.

 


Tous ces vins sont parfaitement abordables, dès maintenant. Le Cos d'Estournel 2001 aussi bien que le 2000 semblent être faits pour durer des décennies!

 

 


Cos d'Estournel 1996/1995

Cos d'Estournel 1995 et 1996 sont encore des vins de l'ancien temps. Aujourd'hui, il faut avoir de tout petits rendements, effeuiller à la main, vendanger en vert, vendanger le plus tard possible, trier trois fois, égrapper à la main, mettre en cuve par gravité, piger à la main, faire des macérations très longues, élever sur lies avec bâtonnage, sans collage ni filtrage, et laisser en barrique 24 mois. A l'époque, les rendements étaient de 60 hl/ha, on vendangeait le plus tôt possible pour éviter tout risque de pluie, il n'y avait pas de table de tri, on vinifiait dans de grandes cuves en inox non thermorégulées, le vin était filtré avant la mise en barrique, puis filtré une seconde fois avant la mise en bouteille. Et cela faisait des vins délicieux!

Cos d'Estournel 1996
Belle couleur, notes d'évolution à peine perceptibles. Nez développé, épices, menthe, tannins très fins. Fondu, notes animales. Beaucoup de corps, mais fin. Belle tenue en bouche qui se maintient de l'attaque à la finale. Style rappelant le millésime 2000.

Cos d'Estournel 1995
Légers reflets orangés. Arômes de grillé, chocolat. Attaque soyeuse, fondu, mais tannins bien présents. Belle matière, finesse, gras. Vin riche et puissant.

 

En 1996 le cabernet sauvignon est arrivé à maturité parfaite. Cela se reflète dans le style du millésime, accompagné par l'assemblage (70% de cabernet).
En 1995, année à merlot, les tannins des cabernets étaient souvent un peu durs. Avec l'assemblage (55% de merlot) adopté, le vin est très séducteur.

 

Cos d'Estournel 1993

Millésime de transition entre les grandes années de la fin des années 80 et de la fin des années 90. Les pluies à la vendange avaient conduit à rentrer le raisin rapidement.

Cos d'Estournel 1993
Robe moins dense que les précédents. Notes d'évolution évidentes. Chocolat, cuir, poivre, curry. Belle finesse à l'attaque, sous bois, moins de gras mais bonne maturité, et que d'arômes!  A point. Se gardera quelques années.
 


Cos d'Estournel 1990/1989/1988

Les Trois Glorieuses: trois grandes années qui se suivent, fait exceptionnel à Bordeaux. Trois années, grandes en qualité mais aussi en volume, de style très différent. Boisé à l'ancienne, avec beaucoup, voire 100%, de barrique neuve, mais un élevage relativement court, de 9 à 10 mois. Assemblage: 60% cabernet sauvignon, 40% merlot, traditionnel à l'époque.

Cos d'Estournel 1990
Presque noir. Cuir, gibier, rôti. Dense, soyeux. Puissant avec beaucoup de matière. Beaux tannins qui demandent à se fondre un peu plus. Très séduisant pour sa densité et la garde attendue. Vin admirable, maintenant, mais surtout pour le plaisir futur encore plus grand qu'il laisse entrevoir. 


Cos d'Estournel 1989
Noir. Kirsch, fruits rouges. Grande maturité, voire surmaturité. Vin énorme, exubérant, légèrement déséquilibré par l'alcool.

Cos d'Estournel 1988
Très noir. Nez encore peu développé, griotte, fruits rouges. Equilibre parfait, grande finesse, subtilité, élégance, avec une certaine austérité qui n'est pas déplaisante. Finale splendide, longue, aromatique.

 

Cos d'Estournel 1986/1985

Deux années qui s'opposent, comme 1996 et 1995. D'abord 1986, grand millésime de cabernets et de graves, dont le succès est circonscrit au Médoc, qui ne s'ouvre que maintenant. Et 1985, année à merlot, avec une réussite générale dans le Bordelais, et un vin qui a toujours été ouvert.

Cos d'Estournel 1986
Grande densité, reflets orangés. Giboyeux, tabac. Puissance, structure, tannins, mais belle fraîcheur. Charpente laissant présager une longue garde.


Cos d'Estournel 1985
Sombre. Mûre, fruits rouges. Gras, soyeux, réglisse. Tannins souples. Remarquable constance en bouche. Très long.
 


Cos d'Estournel 1982

Le millésime 1982 est sans doute le premier vraiment grand millésime d'après la guerre. Il y avait eu 1945, 1947 ou 1949, mais c'est essentiellement parce que la vigne était ringarde, mal entretenue, avec des rendements ridicules, de 20 à 25 hl/ha. Puis il y a eu la gelée de 1956 où il a fallu tout replanter: 1961 de ce fait était minuscule. C'est seulement à la fin des années 70, début 80, que le vignoble bordelais a eu l'âge de produire de grands vins.


Cos d'Estournel 1982
Reflets tuilés virant vers le brun. Nez d'une grande finesse, sous bois, pruneau. Velours, fondu, gras, cuir, épices. Matière. Après aération, réglisse. Puissance et finesse. Longueur impressionnante, très largement supérieure aux précédents.  Se gardera encore 20 ans.

 

 

 

Soyeux, concentration, finesse, fraîcheur résument probablement le mieux l'impression d'ensemble. Ce style, voulu lors de la vinification, doit bien sûr aussi beaucoup à la proportion de Merlot dans l'assemblage.

Cos d'Estournel 2001, 1990, 1988 et1982 ont remporté un succès général. Le 2001 pour sa finesse et sa complexité, le 1990 pour son soyeux allié à sa puissance, le 1988 pour sa fraîcheur et sa droiture, et 1982 tout simplement splendide. Mais quelles grandes bouteilles, celles qui ont le moins eu la faveur collective! Le 2000, éclipsé par le 2001 (!) et l'effet de surprise associé, le 1993 jugé pour ses capacités de garde et non pour son immense agrément présent, et le 1989 avec son style californien.

 


Compte-rendu: Richard Schaeffer

 

 
 
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