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Ecole de Dégustation de vins
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Domaine de la Janasse (Châteauneuf-du-Pape) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Domaine La Janasse
Châteauneuf du Pape

présenté par Christophe SABON

 


Grains Nobles le lundi 16 janvier 2006

 

INTRODUCTION
Le Domaine La Janasse a été créé en 1973 par Aimé Sabon, le père de Christophe, qui dirige aujourd’hui le domaine. Si la viticulture n’est pas une activité nouvelle dans la famille (puisque les grands parents de Christophe étaient déjà vigneron) le Domaine de la Janasse inaugure indéniablement une ère qualitative qui ne caractérisait pas vraiment ses aïeux, dont le vin était vendu au négoce ou travaillé avec la coopérative.
Aimé et Christophe se sont efforcés, à partir de la création du domaine et jusqu’à la fin des années 1980, de développer La Janasse qui atteint aujourd’hui 55 ha répartis sur des appellations prestigieuses (15 ha en Châteauneuf du Pape) et sur des terroirs parmi les plus beaux de Côte du Rhône et de Côte du Rhône Village. Il faut également noter que les vieilles (voire très vieilles) vignes représentent une part significative de l’encépagement actuel. Le grenache est évidemment le cépage roi à Châteauneuf puisque c’est sur ces terroirs qu’il exprime toute sa finesse plus que sa puissance. Le mourvèdre, cépage tardif, est également présent et peut donner de très grand vin dans les années propices. La syrah, qui donne toujours de belles choses dans la région, ne donne cependant pas naissance à des vins d’une race aussi sublime, d’où sa part très minoritaire dans les cuvées de Châteauneuf du Pape du domaine.
De cette croissance résulte un vignoble très morcelé (plus de 70 parcelles), forcément difficile à gérer et à entretenir mais qui présente l’avantage de regrouper des terroirs de grande qualité mettant au monde des assemblages forcément plus complexes ou des cuvées très typées. Cette multiplicité des terroirs est également un atout en cas d’aléas climatiques (puisque chaque parcelle aura son histoire…). Elle  enrichit la réflexion sur l’adéquation cépages/terroirs et permet d’étaler le travail dans la vigne, les parcelles les plus au Nord étant généralement plus tardive que celle se trouvant le plus au Sud. Le vignoble, assez ancien, est largement issu de sélections massales et s’épanouit sur des porte-greffes pas trop vigoureux.
La culture raisonnée est de mise au Domaine de la Janasse, qui avoue volontiers s’inspirer des conditions atmosphériques et de certains concepts utilisés dans l’agriculture biologique ou biodynamique, tout en revendiquant une politique pragmatique de gestion du vignoble. Les travaux en vert sont nombreux (ébourgeonnage, effeuillage, vendanges en vert…).
Ce travail à la vigne (et au moment des vendanges) est d’autant plus fondamental que le domaine est attaché à une expression la plus pure possible du terroir. Dans cette optique, la patte du vigneron est à la fois essentielle mais ne doit pas « marquer » le vin. L’intervention passe donc avant tout par une sévère limitation des rendements, notamment sur le grenache qui, comme le pinot, souffre très vite de dilution lorsque les rendements s’élèvent.
Les macérations sont longues (3 à 4 semaines), le bois neuf est utilisé dans des proportions très minoritaires (notamment sur les cuvées de Châteauneuf du Pape) et, à quelques exceptions près, seul les levures indigènes assurent le travail de transformations du sucre en alcool. Les cuves sont dégustées chaque jour, pour s’assurer d’un temps de macération optimal, à l’issue de laquelle les jus de presse sont séparés des jus de goutte avant d’être acheminés dans des contenants de bois : le grenache est placé en foudre (pour garder de la fraîcheur) alors que la syrah et le mourvèdre sont placés en barrique (pour affiner le vin). La fermentation malolactique, dans ces barriques et foudres, bénéficie ainsi d’une micro-oxygénation qui évite des soutirages et permet de garder les vins sur lie, d’en tirer davantage de gras et de réduire les quantités de soufre utilisées. A la fin du processus, les vins sont légèrement « collés » au blanc d’œuf.

LES CUVEES DEGUSTEES
La soirée a donné lieu à la dégustation d’un seul blanc (Châteauneuf du Pape Blanc – 50% de grenache, 25% de Roussanne et 25% Clairette), élevé en barrique neuve à 80 % mais dont la production est confidentielle (4 000 bouteilles par an). Sur cette cuvée, sont recherchés avant tout la fraîcheur et l’équilibre. Il existe aussi une cuvée prestige, plus riche, élevée 14 mois en barrique de 3 vins, contenant 100% de Roussanne, que nous n’avons pas dégusté.

En rouge, seules les plus grandes cuvées ont été dégustées.

C’est le cas du Côte du Rhône « Les garrigues », réalisé à partir de très vieux grenaches (60 à 80 ans, planté par le grand-père de Christophe Sabon) sur un grand terroir de galets roulés sur argile rouge, bénéficiant d’un Mistral très favorable à la concentration des baies et d’eau en profondeur. Ce vignoble, dont sortent chaque année à peine 3 000 à 5 000 bouteilles, n’est séparé de l’appellation Châteauneuf du Pape que par l’autoroute. Avec ses petites grappes de raisin, la production se révèle d’une constance qualitative exemplaire.

Nous avons également eu le plaisir de déguster les trois cuvées de Châteauneuf du Pape.
· Le Châteauneuf du Pape Tradition est issu d’un triple encépagement (75% Grenache, 15% Syrah, 10% Mourvèdre) et de terroirs de sables, galets roulés et  argile rouge.
· Le Châteauneuf du Pape « Chaupin » est un mono-cépage (grenache) et un mono-terroir. Il est en effet produit sur le terroir froid et tardif de Chapoin, dont la finesse et la fraîcheur sont des caractéristiques indéniables. Le faible rendement annuel (25 à 30 hl / ha) en font un vin dense, apte à vieillir de longues années.
· Le Châteauneuf du Pape « Vieilles Vignes » est issu de 4 parcelles de très vieilles vignes (60 à 100 ans) plantées en Grenache (85%), Syrah (10%), Mourvèdre (3%), et avec des cépages divers (2%). Le vin est généralement très concentré et massif.

Enfin, notons que le domaine dispose d’autres cuvées : des Côtes du Rhône (en blanc, rouge et rosé), dont certains « Villages » et des vins de pays mariant le Cabernet et le Merlot aux cépages locaux.

LES NOTES DE DEGUSTATIONS

Le Châteauneuf du Pape Blanc 2004 (***(*)) est un vin à la robe très claire et pâle, au nez frais, minéral, fruité (pêche, abricot) et floral (fleurs blanches). L’attaque, ronde, témoigne d’une élevage très abouti sur lies fines (la Roussanne est élevée en barrique). Le milieu de bouche présente une belle densité. La finale est fraîche et relativement longue. Un très beau vin blanc de gastronomie qui est le reflet de son millésime, à la fois frais et minéral. La malolactique a été réalisée au deux tiers et les rendements sont très modestes (25 à 30 hl/ha).
Ce vin évoluera, selon Christophe Sabon, comme des grands rieslings, vers des arômes d’hydrocarbures alors que les années plus chaudes, comme 2003, évoluent vers des arômes miellés.

Le Châteauneuf du Pape VV Rouge 1997 (****) a une robe d’un rubis moyennement intense, et présente un peu de dépôt. Le nez est d’une belle finesse, sur des arômes épicés, poivrés, et légèrement mentholés. L’attaque est assez droite, le milieu de bouche très ouvert sur une palette d’arômes complexes et épicés. Les tannins sont encore bien présents. La finale est assez longue. Il s’agit d’un vin savoureux et frais, remarquablement bien réussi dans un « millésime de vigneron » assez difficile.

De couleur brique, le Châteauneuf du Pape Rouge 1978 (****(*)), issu d’un pur grenache non éraflé et élevé en foudre,  offre des arômes fumés, de poivre, de laurier ainsi qu’une grande matière qui signe un très grand millésime. L’attaque est suave, le milieu de bouche moelleux. La finale est longue et fraîche avec « des notes de fraise et framboise caractéristiques du grenache » (Bernard Burtschy).

Le Châteauneuf du Pape Rouge « Cuvée du 20e anniversaire » 1993 (***) a été l’occasion de fêter les 20 ans du domaine en isolant une cuvée qui sortait du lot dans ce millésime frais et minéral. La robe est d’un rubis-grenat assez dense. Le nez, encore sur le fruit, reste assez fermé. L’attaque est droite, le milieu de bouche dégage des arômes de pâte de fruit mais n’atteint pas la pureté et la finesse des autres millésimes. Les tannins sont encore un peu secs.

La robe du Côte du Rhône « Les garrigues » 1990 (****(*)) trahit à peine ses 16 ans : la couleur rubis est assez soutenue et la relative austérité du nez démontre que ce vin n’a pas encore tout dit. Les arômes sont épicés et un peu plus animaux que sur le Châteauneuf du Pape 1978. A la fois droit et épanoui en bouche, il se distingue par des tannins légèrement plus rustiques que sur les vins précédents. La grande longueur est en revanche indéniable. Bernard Burtschy y retrouve la fraise, qui est l’une des plus belle expression de Châteauneuf du Pape. Ce vin a été produit à des rendements inférieurs à 25 hl/ha.

Le millésime 1998 était parti pour entrer dans la légende, ce que confirme le Châteauneuf du Pape Rouge « Cuvée Chaupin » 1998 (*****). Pour Bernard Burtschy, il est urgent d’attendre avant de déguster ce vin « puissant et d’une densité incroyable »  dont on sent bien qu’il sera « très complexe » à son apogée : « c’est la densité du 1978 mais en beaucoup plus fin »… De fait, malgré sa robe peu foncée, un dépôt déjà important et un nez assez surprenant à ce stade (eucalyptus, notes empyreumatiques…), ce vin étonne par sa structure acide, sa finesse et sa complexité en bouche. Le fruit est d’une grande pureté. Les arômes sont fumés et cacaotés. L’équilibre et la longueur sont exemplaires. Ce breuvage est d’autant plus étonnant que le temps l’a transfiguré, le faisant passé de l’opulence et de la gourmandise ‘lorsqu’il est né) à la fraîcheur, la finesse et l’équilibre, aujourd’hui.

Issu d’une année fraîche, le Châteauneuf du Pape Rouge VV 1999 (****) dégage au nez des arômes de mûre et de cassis ainsi que des notes mentholées voire réglissées. L’attaque est droite, la bouche dense, les tannins serrés et le fuit intense. La finale est longue et relativement bien équilibrée. On peut peut-être regretter un léger creux en milieu de bouche.

En 2000, millésime à la fois qualitatif et généreux, le Châteauneuf du Pape Rouge « Cuvée Chaupin » 2000 (*****) a donné naissance à un vin « encore plus dense que 1998, très fin et équilibré. Impressionnant » (Bernard Burtschy). La robe est grenat foncé, le nez est dense, sur les fruits rouges et noirs. En bouche,  l’attaque est ronde et les tannins sont très fins et très serrés. Le milieu de bouche est encore fermé et la finale, très longue, présente une pointe d’amertume. Un très beau vin, plus dense que 1998 mais un peu moins frais à ce stade.

2001 est une année solaire qui a donné les vins parmi les plus puissants, les plus denses et les plus gourmands. Le Châteauneuf du Pape Rouge « Cuvée Chaupin » 2001 (*****) confirme la réputation du millésime. Ce vin est probablement le plus impressionnant de la soirée : la robe est d’un rouge dense. Le nez exhale de magnifiques arômes de fruits (fraise, cassis, cerise…) et une réelle fraîcheur (plus de fraîcheur que dans le 2000). L’attaque, à la fois suave et droite, laisse place à une bouche d’une grande densité et d’une incroyable finesse. Le plus surprenant est la grande pureté dans le dessin du vin. Les tannins sont très denses et la finale exprime une superbe maturité du fruit.
Pour Bernard Burtschy, ce vin est d’une « très grande finesse, sans aucune lourdeur ». Il souligne qu’il est rare d’avoir à la fois une « telle fraîcheur et une telle densité […] Alors que le 2000 est grand par sa puissance, le 2001 est grand sa finesse : c’est la fraîcheur suprême du 2001 qui masque la puissance du vin ».

Le nez du Châteauneuf du Pape Rouge VV 2001 (*****) est plus puissant mais un peu moins élégant que dans la cuvée « Chaupin ». La bouche, droite mais puissante est davantage dans le style chaud et rocailleux de certains terroirs puissants de Châteauneuf du Pape. Les tannins sont très denses mais un peu plus rustiques que dans la cuvée « Chaupin ». La finale est longue, sur un fruit très mûr. Un très beau vin qui joue sur la puissance, à la différence de la cuvée Chaupin qui jouait sur la finesse.

Il est également intéressant de comparer les trois cuvées de Châteauneuf du Pape sur le millésime caniculaire 2003. En 2003, la vendange a été tardive du fait de maturités physiologiques tardives (la sécheresse ayant ralenti la maturation). Il a en effet fallu attendre le début septembre pour bénéficier à nouveau de nuits fraîches et le 8 septembre  pour une pluie salvatrice (80 mm d’eau), suivie de 15 jours de mistral ayant permis de reconcentrer les baies, tout en faisant remonter les acidités (acidité des grenaches : 4,5 g/L). Cette année a été celle d’écarts importants de qualité entre propriétés : ceux qui ont vendangé trop tôt ont eu tort.
Le Châteauneuf du Pape Tradition Rouge 2003 (***(*)), d’un grenat moyennement intense se caractérise par un nez de surmaturité qui évoque les grenaches de Maury ou Banyuls. L’attaque est concentrée et fraîche. Le milieu de bouche explose d’arômes de cassis et de fruits passerillés. Les tanins sont serrés et la finales relativement longue. La cuvée « Chaupin » (****(*)), cette année là, semble davantage marquée par le millésime que par le terroir, qui d’habitude l’emporte. Elle s’exprime avec davantage de moelleux, aussi. Pour Bernard Burtschy, « on retrouverait quand même à l’aveugle le nez si caractéristique de ce terroir ». Contrairement aux autres millésimes, c’est peut-être la cuvée « Vieilles Vignes » (*****) qui est la plus réussie. On y retrouve ces arômes de Maury. Le milieu de bouche est encore plus dense et moelleux, avec l’équilibre le plus remarquable des trois cuvées dans ce millésime. « Pour la première fois, je préfère la VV. La VV est moins traversée par le millésime que Chaupin » (Bernard Burtschy). Un très beau vin.

Enfin la dégustation s’achève par une friandise remarquablement bien réussie, issue de raisins de Clairette initialement abandonnés, lors des intempéries du millésime 2002 et finalement ramassés. Ces raisins ont bénéficié d’attaques par la pourriture noble. Comme le note Bernard Burtschy, ce type de vin s’inscrit dans une tradition ancienne (même si elle a largement disparu). Des écrits du 19e siècle parlent en effet des liquoreux de Châteauneuf du Pape, produit de préférence à partir de Clairette.
La cuvée Les raisins perdus (****) donne naissance à un vin brun dont l’attaque est très liquoreuse mais dont la bouche reste heureusement fraîche. Ses arômes de pâte de fruit et de fruits secs (abricots, raisins…) en font un vin très agréable.

Au final, il apparaît que le domaine se caractérise par une remarquable homogénéité qui transcende bien souvent le millésime pour exprimer en premier lieu le terroir. La cuvée Tradition est une très belle cuvée de moyenne (voire longue) garde alors que les deux grandes cuvées, dans deux styles très différents, jouent la carte de la très longue garde, comme en témoigne les vins que nous avons goûtés et dont aucun ne semble encore avoir atteint sa phase de déclin… La cuvée « Chaupin » joue la finesse et la fraîcheur alors que la cuvée « Vielles Vignes » joue la puissance. Si 1998 et 2001 confirme leur mythe, des millésimes comme 1997 se montrent extrêmement agréables aujourd’hui. Les « énormes progrès et le fort potentiel des terroirs (notamment de Chaupin », selon Bernard Burtschy) font du Domaine de la Janasse un domaine incontournable dans la région, quel que soit le millésime.

David Flacher.

 

 
 
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