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Ecole de Dégustation de vins
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Vega Sicilia (Espagne) - par David Flacher Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Vega Sicilia
par Pablo Alvarez (propriétaire) et Javier Ausas (œnologue)

 

 

Grains Nobles le mercredi 8 mars 2006

En compagnie de Michel Bettane et Bernard Burstchy


INTRODUCTION
Vega Sicilia est un vin mythique en Espagne et dans le monde, et pour cause : cette vieille propriété datant de 1864 produit plusieurs vins de grande qualité dont le fameux « Unico », aux élevages extrêmement longs (jusqu’à 8 ans avant la mise en bouteille), qui ravit les plus fins palais de par le monde.
Fondé par Eloy Lecanda en 1864, la propriété achète ses premiers plants à Bordeaux. Elle produira la première cuvée de Vega Sicilia Valbuena et de Vega Sicilia Unico en 1914 ou 1915, sous l’impulsion  de Txomin Garramiola.
L’arrivée en 1956 de Jesus Anadon comme directeur et œnologue fût une autre grande étape. Il lança l’appellation d’origine Ribera del Duero. Il resta de très nombreuses années à la tête du domaine. En 1982, David Alvarez rachète Vega Sicilia, la famille Alvarez étant depuis ce moment propriétaire. Le vignoble a été étendu, et les techniques viti et vinicoles modernisées. Suite au départ de Jesus Anadon, Pablo Alvarez a été nommé directeur et Mariano Garcia œnologue (il était l’assistant de Jesus depuis 1968). Javier Aussas arriva en 1998.
Vega Sicilia racheta en 1992 un domaine situé près de Valladolid, à 10 km de Vega Sicilia, créé 2 ans plus tôt (Bodegas Liceo). C’est la naissance d’Alion (c’est le nom de la ville de la région de Leon où est né David Alvarez).
Une autre étape pour la propriété a été la création, en 1993, d’un domaine en Hongrie (Tokaj Oremus) et en 1997 d’un domaine le long du Duero : Bodegas et vinedos Pintia sur l'appellation Toro. Le nom Pintia est celui d'une ville qui se situe à côté d'Alion.
Sur l’ensemble des propriétés, les sols sont labourés et travaillé en culture raisonnée. Aucun herbicide ni engrais inorganiques ne sont utilisés. Le soufre et le cuivre y sont utilisés avec parcimonie.

PRESENTATION DES CUVEES DEGUSTEES
Lors de cette soirée, nous avons dégusté :
· la cuvée Mandolas, blanc sec du domaine Hongrois Tokaj Oremus ;
· le vin rouge du domaine Pintia, se situant à une centaine de kilomètres de Vega Sicilia, en allant vers le Portugal ;
· le vin rouge de Alion ;
· deux des trois cuvées du domaine Vega Sicilia : Valbuena et Unico (il existe en effet une troisième cuvée : Unico Reserva Especial, assemblage de plusieurs millésimes d’Unico).

La cuvée Mandolas sec, est issue du cépage Furmint, dans un esprit volontairement bourguignon : un batonnage régulier est pratiqué, le vin est passé à 100 % dans des barriques neuves, l’objectif étant d’aboutir à un vin ample et aromatique, qui n’est pas nécessairement dans la nature de ce cépage. Une attention toute particulière est portée à la fabrication des barriques de bois hongrois, contrôlées tout au long de leur chaîne de production. A noter que la propriété produit également une cuvée partiellement botrytisée (à 40%) ainsi qu’un gamme de Tokaj dont le principal est le « 5 puttonyos ». L’ensemble de la gamme vise un haut niveau qualitatif, reflet du potentiel des terroirs viticoles pluri-centenaires hongrois (un classement des crus hongrois existait déjà au début du 19e siècle…).

Le vin de Pintia est issu d’une cuvée composée à 100% de tempranillo, le très grand cépage espagnol. Son terroir est composé de cailloux, de galets (qui peuvent évoquer ceux de Châteauneuf-du-Pape) et d’argile en profondeur (argile qui emmagasine l’eau, évitant ainsi à la vigne le stress hydrique). Pour cette cuvée, l’objectif est de produire un vin à partir de raisins ayant atteint une grande maturité tout en gardant élégance et finesse dans une région qui produit des vins plutôt austères. Le domaine fait au total 100 ha presque d’un seul tenant, dont 45 ha de vieilles vignes, les replantations se faisant en sélections massales. Il aura fallu quelques subterfuges au fameux domaine espagnol pour racheter discrètement une telle surface… Après 4 années de recherches sur la définition du vin (1997-2000), 80 000 bouteilles sortiront en 2001 (et 160 000 en 2004). La vinification utilise largement le froid pour garder au vin la fraîcheur et la précision du fruit qui, sinon, paraîtrait confituré. Les fermentations démarrent à 5-7°C, après une macération à froid pendant 3 à 5 jours. Les caves sont régulées à 20°C pendant les malolactiques. Enfin, l’extraction est moins poussée qu’à Vega Sicilia (pas plus de 28°C en fin de fermentation) et le bois neuf est utilisé avec parcimonie (30%, dont 70% de bois français).

Alion est un vin de Ribera del Duero également composé à 100% de tempranillo. Elevé en bois neuf français, il est pour Javier Ausas « Le plus bordelais de tous [leurs] vins ». La production (entre 250 000 à 300 000 bouteilles) est issue des meilleures cuves. Le domaine n’ayant pas de second vin, ce qui n’est pas intégré dans Alion part tout simplement à la distillation. Après l’élevage, ce vin moderne qui contraste avec la dimension très traditionnelle des vins de Vega Sicilia, est conservé deux ans en bouteille avant d’être vendu. Pour l’heure, une partie du raisin est acheté mais l’objectif est, à termes, lorsque les vignes seront asses vieilles, d’atteindre l’autonomie de la propriété. Comme Pintia, Alion est vinifié dans des cuves en bois.

Les cuvées mythiques du domaine, Valbuena (180 000 bouteilles/an) et surtout Unico (80 000 bouteilles/an), sont de très proches cousins puisqu’ils partagent les mêmes terres et sont vinifiés de manière comparables (50% en cuves bois et 50% en cuves inox et ciment). Cependant, 90% des parcelles qui composent Valbuena composent chaque année cette cuvée, qui s’enrichit, les années difficile, des parcelles généralement dédiée à l’Unico. En effet, la cuvée Unico ne sort pas tous les ans et se réserve aux années les plus qualitatives. A titre d’exemple, les millésimes 1992, 1993 et 1997 n’existent pas. Mais c’est probablement en termes d’élevage que la différence est la plus frappante : alors que Valbuena bénéficie d’un élevage de 3 ans (ce qui est déjà énorme), l’Unico atteint les 6 à 8 ans avant de découvrir le confort de la bouteille, ce qui laisse imaginer le potentiel incroyable du raisin et du terroir qu l’ont vu mûrir. Le vin passe d’abord en barriques neuves (phase de « musculation ») puis en barriques américaines de plusieurs vins (phase d’« éducation »), le bois américain ayant été introduit dans les années 1980. Il est ensuite transféré dans de gros tonneaux en bois : c’est la phase de « récupération » permettant au vin de retrouver son fruit. Enfin, il vieillira 2 à 5 ans en bouteilles avant d’être vendu.
Les deux cuvées de Vega Sicilia sont faites de tempranillo (cépage majoritaire) mais aussi de cabernet-sauvignon, de merlot et de malbec. Sur la propriété de 1000 ha, 240 sont plantés en vigne et 100 ha produisent des vins commercialisés sous le nom de Vega Sicilia. Le reste est composé de forêts et de cultures progressivement abandonnées au profit d’une reforestation à base notamment de lièges. Le terroir, argilo-calcaire, est planté en sélections massales depuis le début (1864). Depuis quelques années, des clones sont néanmoins produits et plantés à partir de sélections massales chez le pépiniériste de la Romanée Conti.

LES NOTES DE DEGUSTATIONS
La cuvée Mandolas 2003 (***) (Tokaj Oremus) a une robe paille, plutôt claire, un nez fruité et riche qui rappelle les vins du sauternais. La bouche présente une très belle rondeur qui résulte du batonnage dont il a bénéficié pendant son élevage. Le boisé est élégant. Le vin, concentré, garde une belle fraîcheur et une longueur honorable.

Pintia 2003 (***(*)) est un vin à la robe pourpre, presque noire. Malgré 100% de bois neuf, le bois est complètement dominé par un fruit mûr. L’élégance est manifeste. L’attaque est droite, précise. Le milieu de bouche laisse s’exprimer un fruit d’une grande fraîcheur, des notes de chocolat de la maturité et des tannins fermes. Comme le souligne Michel Bettane, la possibilité d’utiliser le froid dans la vinification permet d’avoir à la fois fraîcheur et maturité sans avoir de côté confituré. Malgré ses 15,5° d’alcool, le vin reste équilibré. La finale est longue. Un très beau vin, moderne par excellence.

Alion 2002 (***(*)), malgré la difficulté du millésime, est d’un rouge foncé. La bouche est droite et suave à la fois. Le vin apparaît moins concentré que Pintia 2003 mais présente davantage de fraîcheur. Les tannins sont fins et la longueur honorable. Le vin évolue très favorablement à l’aération, en prenant du volume.

Valbuena 2002 (****) a une robe pourpre très foncée. Le nez présente une minéralité et un fruit austère d’une très grande finesse, avec des notes balsamique, d’eucalyptus. L’attaque est droite et précise. Le vin incontestablement plus profond qu’Alion 2002. La bouche est concentrée, avec des tannins très fins qui marquent, comme le fait remarquer Michel Bettane, un très grand terroir, « exceptionnel, au niveau des meilleurs terroirs mondiaux ».

Valbuena 2000 (****(*)) est d’un grenat assez foncé. Son nez, malgré une relative réserve, est d’une grande élégance mentholée. Ce grand millésime nous livre un vin suave présentant des notes de café, de torréfaction. La bouche est d’une grande fraîcheur et la finale est longue. « Le touché de bouche signe un grand vin, un grand terroir et le grand respect du raisin en cave » (Michel Bettane). Le rendement est de  22 hl/ha.

Valbuena 1998 (****) présente au nez des arômes à la fois mentholés et légèrement animaux (qui évoque l’os à moelle). Ce millésime austère a produit un vin foncé. L’attaque met en avant la structure acide du vin. Le milieu de bouche est frais mais semble légèrement moins concentré que le 2000. Les tannins sont fins mais un peu plus secs que sur les vins précédents.

Unico 1996 (*****) est un très grand millésime qui devra attendre encore un an et demi avant d’être mis sur le marché. Le vin est étonnamment foncé après un élevage aussi long. Au nez, il semble un peu marqué par son élevage en bois. On y trouve des arômes qui évoquent les vins mutés et des notes d’acidité volatile. L’attaque est suave, droite, mentholée, concentrée, très complexe. Les tannins sont d’une très grande finesse. La finale est d’une longueur exceptionnel. A l’aération, le vin prend un volume incroyable. Un très grand qui a encore besoin d’attendre.

Unico 1994 (****(*)) est né sous la bonne étoile d’un grand millésime. Sa robe est d’un rouge à peine moins foncé. Le nez est assez peu expressif à ce stade. La bouche est fraîche mais apparaît moins concentrée que 1996. Les tannins sont fins. Un très beau vin qui gagne également beaucoup de volume à l’aération.

Unico 1990 en magnum (*****) a un nez légèrement animal (comme la plupart des vins espagnoles et des bordeaux 1990, selon Michel Bettane qui y voit un développement bactérien). L’attaque est suave, le milieu de bouche concentré, les tannins fins et serrés et la longueur très importante. Contrairement aux vins précédents, celui-ci procure déjà un vrai plaisir (surtout à table), partagé par l’ensemble des convives de Grains Nobles… Son potentiel de garde n’en est pas moins impressionnant.

Unico 1969 (*****) a une robe brique, un nez balsamique et fruité absolument sublime de fraîcheur et de complexité et des notes de cacao. La bouche est d’un fraîcheur étonnante, d’une belle complexité, d’épices (sans rancio) et d’une très grande longueur. Les tannins sont très fins. Un très grand vin construit sur la fraîcheur.

Unico 1953 (*****), aux couleurs brique, offre un nez aux arômes frais et fumés ainsi que de fruits rappelant les vieux vins mutés. L’attaque est suave et droite. Le milieu de bouche apparaît concentré, avec des notes de réglisses. La finale est très longue avec ses notes de cacao, de café et de fumé.

Unico 1942 (******), vin surprise servi à l’aveugle, présente une couleur brique un peu trouble. Le nez est exubérant d’épices, d’arômes balsamiques, de réglisse. La complexité est exceptionnelle. La bouche attaque sur un moelleux impressionnant. Le vin est concentré, les tannins, fins, sont encore bien présents. Frais, élégant et complexe, ce vin d’une étonnante jeunesse est indéniablement un très grand vin. Un vin surprenant selon Michel Bettane qui aurait parié sur le très grand 1962… Ce vin était une surprise éblouissante. Un grand moment !

Dans les années 1940, Vega Sicilia faisait un peu de vin blanc. Depuis 1994, 12 ha de blanc ont été plantés (3ha de Marsanne, 3 ha de Roussanne, 3 ha de Viognier, 3 ha de Chardonnay). Aucun n’a encore été commercialisé.
Vin blanc de Vega Sicilia 2004 (***(*)) (en avant première, donc), tiré du fût, a une robe très pâle. Le nez exhale de beaux arômes de fruits bien mûrs. Le vin est composé de marsanne, roussanne et un peu de viognier. La bouche est très grasse, concentrée mais manque peut-être d’un peu de fraîcheur. La finale est longue.

En conclusion, encore une soirée d’anthologie que cette dégustation espagnole à Grains Nobles. Les vins, d’une race admirable, quelles que soient les cuvées, ont démontré le potentiel des nouvelles exploitations du domaine et l’incroyable fraîcheur, concentration et complexité des vins qui ont fait la gloire du domaine. Soit dit en passant : l’évolution sublime dans le verre démontre que le carafage des vins, y compris relativement âgés de ce domaine, gagne en volume avec l’aération. Bonne dégustation et bon appétit !

Résumé : David Flacher.

 

 

 

 

 

 
 
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