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Vega Sicilia (Espagne) - par Richard Schaeffer Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

VEGA SICILIA
Espagne

Présenté par Javier Ausas et Michel Bettane
en présence de Pablo Alvarez et Bernard Burtschy

Grains Nobles le mercredi 8 mars 2006


Une visible émotion flotte dans la salle à l'idée d'accueillir Vega Sicilia au caveau de Grains Nobles. 

Sur un terroir mentionné dans les écrits dès le Moyen Age, VEGA-SICILIA, qui pourrait tirer son appellation "Sicilia" d'une déformation du nom de Ste Cécile, existe depuis 1864. La famille Alvarez a acquis le domaine en 1982. La propriété fait au total près de 1000 ha, avec 240 ha de vignes dont 140 ha pour Vega-Sicilia, terroir unique dans la Ribera del Duero, et 100 ha pour Alion, distant de quelques kilomètres. La moitié de la production de Vega-Sicilia est réservée à la vente directe aux particuliers, avec un système de quotas héréditaires de génération en génération. Depuis sa fondation, le domaine est principalement planté de Tempranillo, le grand cépage espagnol. Celui-ci entre actuellement pour 70 à 85% dans les assemblages, complété pour les deux vins de Vega-Sicilia par le Cabernet-Sauvignon (Unico) ou le Merlot et le Malbec (Valbuena). Depuis 1864, une sélection massale est faite à partir des plants de la propriété. Une sélection clonale à partir des mêmes plants est en cours d'élaboration. Sans être en biodynamie, le domaine a toujours été très respectueux du terrain et du vignoble, refusant toute attitude productiviste, sans herbicide, avec labours et engrais bio. Mais le domaine se réserve la possibilité d'utiliser soufre, cuivre et produits systémiques en cas de nécessité. Le rendement varie selon les millésimes de 7 à 22 hl/ha: à Vega-Sicilia, le Tempranillo a des grains très petits, presque la moitié comparé au reste de la Ribera. Les 700 m d'altitude du terroir, orienté plein Nord, sur des terrains argilo-calcaires, avec une proportion grandissante de calcaire au fur et à mesure que l'altitude augmente (au point que c'est le facteur limitant de la culture), confèrent au vin ses caractéristiques: fraîcheur et finesse.  

ALION, depuis 1991, inaugure un autre style de vin, plus moderne: corpulence, boisé important, fait pour suivre la mode. Ce nouveau style, avec 100% Tempranillo et 100% barriques neuves françaises, représentait une petite révolution dans la Ribera del Duero et semblait inconvenant pour Vega-Sicilia, vin sans doute le plus classique d'Espagne, qui, certes, évolue mais doucement, par petites touches. La fermentation alcoolique se fait en barriques, mais la malolactique a lieu en cuves inox. En barriques neuves près de 16 mois, Alion est sans doute le plus bordelais des vins du domaine. Mais il n'y a pas de second vin, toute cuvée non sélectionnée part à la distillation, et le vin est élevé pendant deux ans avant la vente: le millésime actuellement disponible est le 2002. Le domaine vend les raisins des vignes jeunes, et achète des raisins de vielles vignes, en attendant d'être autosuffisant.


PINTIA, dans le Toro, à une centaine de kilomètres en descendant le Duero, est encore un autre style de vin. Et un autre terroir, souvent qualifié de plus "rustique": cailloux en surface, humidité –gardée par l'argile- en profondeur qui évite le stress hydrique et 600 m d'altitude qui apportent la fraîcheur. Quatre ans d'essai, de 1997 à 2001, ont permis de sortir 80.000 bouteilles d'abord, pour aller à 260.000 bouteilles en 2004, avec un style de vin bien défini. Tout est fait pour rendre le vin, 100% Tempranillo, le plus élégant possible et pour protéger, extraire et garder les arômes et le fruit: raisins stockés en chambre froide à 5°, mise en cuve la nuit, macération à froid pendant quelques jours, température de fermentation maintenue basse (26°) pour limiter l'extraction à chaud, chai gardé à 20°.  L'élevage est en barriques neuves, 70% françaises et 30% américaines. La fermentation se fait en barriques. Comme pour Alion, pas de second vin, mais recours éventuel à la distillation.


OREMUS, 120 ha, acquis en 1993, à l'époque où s'ouvrait l'économie hongroise, a été délibérément reconverti vers un seul type de vin, sec, bâtonné, en fût neuf hongrois, pour faire le vin à base de Furmint le plus expressif et aromatique possible, dans un style rappelant la Bourgogne, dans un contexte où les vins liquoreux aux arômes déterminés par le botrytis étaient rois. Les vins de Tokaj ont été classifiés de 1er à 5e crû 50 à 70 ans avant ceux de Bordeaux* : Mandolas, 1er crû, connu depuis 400 ans, devait se prêter parfaitement à cette entreprise.

* Le classement le plus connu des vins de Tokaj date de 1772, le plus connu de Bordeaux c'est bien sûr celui de 1855, mais il existe évidemment des classements bien antérieurs. Voici des  affirmations semées d'embûches …


 

 

Mandolas 2003 (Tokaj Oremus)

Robe jaune  pâle, reflets verts. Nez développé, frais, ample, citron, agrumes. Bouche: rondeur et acidité se superposent, mais demandent encore à se fondre entièrement; minéral, miel: là aussi, encore sur deux registres. Boisé parfaitement intégré. Fraîcheur de la finale, belle longueur.

 


Pintia 2003 (Toro)

Rubis sombre, dense. Notes fumées au premier nez, cèdre, fruits rouges, belle maturité. Bouche: matière, fraîcheur qui se fondent. Très bel équilibre, beaux tanins fins. Long.

Comme bien des vins de Toro, le Pintia est très riche: 15° d'alcool, car il a fallu attendre la maturité phénolique. Faible production et grande maturité sont impératives, il ne vaudrait rien à 14°. Contrairement aux vins de la Ribera où les tanins naissent élégants, à Toro, jamais on n'arrive à une polymérisation aussi complète, et les tanins sont toujours un peu plus austères: il faut élaborer les vins. Le bois neuf avec l'aération qu'elle apporte joue un rôle prépondérant.

M. Bettane: Fermeté des tanins, fraîcheur du fruit, chocolat de la haute maturité. Sans aucune lourdeur, grâce aux basses températures maintenues lors de la vinification.

 


Alion 2002

Rubis, un peu moins sombre. Nez intense, bien ouvert; boisé fin, cerise, mûre. Belle fraîcheur, tanins serrés, finesse, matière, l'extraction importante participe au bel équilibre de l'ensemble.

Sur Alion comme sur Vega-Sicilia, un inventaire des divers types de terroir  (une vingtaine, connus depuis toujours, mais maintenant scientifiquement classés) devrait déboucher à l'horizon 2008 sur des vinifications systématiquement séparées (une cinquantaine de cuves!) en vue d'assemblages ultérieurs. Cette démarche permet aussi une sélection interne des levures, à partir des parcelles les plus aromatiques.

 


Vega-Sicilia Valbuena

Vega-Sicilia est un terroir difficile, avec des menaces de gel au printemps, de pluie à la fleur, de grêle en été. Le Vega-Sicilia Valbuena est une sélection de parcelles, pratiquement les mêmes tous les ans, avec de petites variations dues aux aléas climatiques. Ce n'est pas le "second vin" du Vega-Sicilia Unico au sens bordelais, car à 90%  il ne provient pas de la sélection des cuvées. C'est un autre type de vin: la différence avec l'Unico est qu'il est mis en bouteilles beaucoup plus tôt, après quelques années seulement sous bois.  La production annuelle est d'environ 180.000 bouteilles.


Valbuena 2002

Rubis. Nez: balsamique, mentholé, eucalyptus. Splendide équilibre, finesse et onctuosité. Beau milieu de bouche. Noblesse des tanins. Après aération: finale splendide.


Valbuena 2000

Belle robe rubis. Nez ample, cire, fruits rouges, tabac, petite réduction qui ajoute à la complexité. Bouche: fraîcheur, texture très fine, café, mais aussi cèdre. Fruits présents du début à la fin. Très belle maturité. Long.


Valbuena 1998

Légères notes d'évolution. Fruits rouges. Finesse à l'attaque, puissance en milieu de bouche, finale où l'on se délecte de sa splendide maturité. Tanins très fins, beaucoup de tenue, avec peut être une pointe d'austérité.

 


Vega-Sicilia Unico
Vega-Sicilia Unico est commercialisé 8 à 10 ans après la récolte. Après la vinification (50% en bois, 50% en cuves béton ou inox), le domaine gère la phase de lent mûrissement du vin. Celui-ci passe dans de gros tonneaux en bois  (de 50 hl à 200 hl), phase où la décision est prise si le vin reste Unico ou bien devient Valbuena –ou, ce qui est plus rare-, puis il passe dans des barriques neuves où il acquiert sa structure, puis dans du bois américain de 2 ou 3 vins pour une phase d'oxydation, enfin retourne dans de gros tonneaux en bois pour une phase de récupération, avant élevage en bouteille à la propriété de 2 à 5 ans. Cela nécessite une sélection des parcelles exemplaire, sur un terroir unique (peu de vins bordelais, peut être aucun, sans doute ne tiendraient pendant ce difficile élevage de dix ans), et produit des vins d'une finesse extraordinaire, qui se gardent 40 à 50 ans. La production annuelle est d'environ 80.000 bouteilles.


Unico 1996

Rubis, très peu de notes d'évolution. Nez: puissance et ampleur, beau boisé, tabac, mûre. Bouche: finesse, velours et puissance, équilibre splendide, grande pureté, long, très long. En rétro olfaction: réglisse, gingembre. A l'aération, chocolat, épices au nez.


Unico 1994

Truffe, accompagnée de notes balsamiques, légère acidité volatile (due au long vieillissement sous bois). Boisé totalement fondu. Bouche: ampleur, finesse, cacao. Puissance, douceur et équilibre. Moins violent que précédent, tout en sagesse.


Unico 1990 (magnum)

Cuir au premier nez, chocolat, nuances mentholées. Attaque puissante, côté animal, sensation de plénitude en milieu de bouche, qui s'arrête brusquement. On reste un peu dans l'expectative devant tant de promesses qui se terminent un peu court. Et c'est un magnum: il n'y a pas d'autre bouteille pour comparer!

M. Bettane "C'est un vin qu'il faut boire en mangeant […] peut être un peu moins parfaitement vinifié que les millésimes plus récents: on a le droit de progresser!"


Unico 1969

Rubis tuilé, assez clair. Cuir, pruneau, kirsch, cire et nuances de rancio. En bouche: puissance, belle finesse, pruneau qui rappelle le nez, petits fruits rouges. Très légère acidité volatile qui exacerbe les arômes et soutient la rétro olfaction. Et toujours cette merveilleuse finesse que l'on retrouve.


Unico 1953

Robe claire, translucide. Un peu d'oxydation au nez, confiture de vieux garçon. En bouche, fraîcheur et vivacité sont toujours là. Puissant, café, cacao. Beau milieu de bouche. Finale: chocolat, douceur des tanins évolués. Harmonie.


Unico 1942

Rubis très clair, reflets tuilés légers. Café, terre de bruyère. Monstre d'équilibre. Fraîcheur, mentholé, épices, tenue impeccable, sans fatigue aucune. Finesse et corps, soyeux royal des tanins. Monte en puissance à l'aération, cire, chocolat. Beaucoup d'émotion devant ce monument de finesse … qui écrase le 69 aussi bien que le 53!

La bouteille la plus ancienne dans la cave de Vega Sicilia quand la famille Alvarez a acquis le domaine en 1982.

 

 

La discussion tout au long de la dégustation fait ressortir que les vins de Vega-Sicilia, issus de raisins récoltés à haute maturité, sont très riches (typiquement 15°) et pourtant ils ont un équilibre parfait. Ils ont tous un très beau toucher de bouche (grâce à l'extraordinaire maturité phénolique qu'il est possible d'obtenir sur ce terroir?), et une fraîcheur assez étonnante malgré cette maturité. Le domaine a une avance considérable pour ce qui est de la réception de la vendange: la préservation des raisins, non blessés, n'est sans doute pas étrangère à cette noblesse des tanins. Notes balsamiques, notes mentholées et notes torréfiées reviennent régulièrement.


M. Bettane: "Menthol, acidité, fraîcheur, c'est ça Vega-Sicilia"

 

 

 

Blanc sec 2004

La nouvelle création de Vega Sicilia. En avant-première. Sur des terres aussi calcaires, le domaine se devait de raviver une tradition ancienne de faire des vins blancs. A base de Marsanne, Roussane, Viognier et Chardonnay australien (3ha chacun), plantés en 1994. Le premier millésime vinifié, 2004, a été récolté au maximum de la maturité (et 2005 a été ramassé moins mûr). Les essais ont porté sur 48 barriques, chaque lot étant différent. L'assemblage présent est à majorité de Marsanne et de Roussane, un peu de Chardonnay et très peu (3%) de Viognier, avec 15 mois de barrique. Cinq  années d'expérimentation sont prévues avant la commercialisation.

Nez fumé, agrumes, arômes qui explosent: les avis se partagent pour savoir quel cépage, de la Marsanne ou de la Roussanne domine. Puissant en bouche, coing, épices. Long. Bouteille très expressive.

 

 


Compte-rendu: Richard Schaeffer

 

 

 

 

 

 

 
 
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