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Ecole de Dégustation de vins
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Domaine Egon Müller (Scharzhof-Allemagne) - par Yaïr Tabor Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Domaine Egon Müller
(Scharzhof-Allemagne)

présenté par Egon Müller

Grains Nobles le 15 janvier 2007 

    

               1. Les deux domaines :

Nous avons pu goûter des échantillons de deux domaines gérés par Egon Müller parmi les autres dont il a la charge :
- Le Château Belá :
Situé en Slovaquie dans la région de Sturovo, au climat continental et au sol composé de calcaires et de loess ; ce domaine a eu une histoire assez mouvementée. Il a appartenu à la belle famille d’Egon Müller avant guerre, puis a été « socialisé » pendant l’ère communiste pour finalement retourner dans le giron familial à la fin des années 1990. Egon Müller  ne s’est décidé à y attacher son nom qu’à partir du millésime 2001 après s’être rendu sur place et avoir rencontré le maître de chai Miroslav Petrech à la compétence reconnue.

- Le Scharzhofberg :
Le domaine Egon Müller se situe à Wiltingen, en Sarre, à une trentaine de kilomètres à l'est de Luxembourg et à une quinzaine au sud de Trèves. Les vignobles de la région de Mosel-Saar-Ruwer devinrent bien nationaux et furent laïcisés suite aux lois militaires et administratives introduites par Napoléon. Une partie de la colline du Scharzberg fût achetée par l'arrière arrière grand père d'Egon Müller, Jean-Jacques Koch, en 1797. Les descendants de Jean-Jacques Koch s'appellent tous Egon Müller. C'est Egon Müller "4" qui est l'actuel propriétaire et directeur de la propriété.
Egon Müller "5" n'a que 6 ans.
Le Scharzhofberg est le vignoble de cet endroit bénéficiant d'une exposition plein sud, s'étendant sur une altitude de 190 à 310 mètres. Il s'agit d'un "Einzellage", ce qui signifie : "Grand Cru issu d'une seule parcelle". C'est le sommet du classement qualitatif. Le Riesling y est à la limite de son aire de culture. Exposé plein sud, aux pentes vertigineuses, les vignes surplombent la maison familiale de la famille Müller, le Scharzhof.
Historiquement, le vignoble comportait 18 ha puis fut étendu à 28 ha en 1971. Il y a aujourd'hui 8 propriétaires, et Egon Müller en possède 8,5 ha ce qui en fait le plus grand propriétaire.


2. La dégustation :

Château Belá : les vignes sont postérieures à 1992, à base de différents clones de Riesling. L’objectif, difficile à atteindre, est de produire un vin sec. Les vignes sont plantées à 3 m X 2,5 m mais dédoublées (double plantation)

2003 : comme presque partout en Europe, année très chaude avec une photosynthèse rapidement bloquée et la nécessité d’attendre le mois d’octobre pour gagner les derniers degrés
Nez un peu musqué, pas trop variétal, avec des senteurs un peu lourdes qui s’affinent progressivement. La bouche est marquée par le gaz (perlant) qui disparaît progressivement mais permet de conserver une sensation de fraîcheur. On perçoit ensuite des notes de citronnelle sans que l’acidité se manifeste exagérément. La finale se durcit quelque peu (soufre encore perceptible ?)

2004 : climatologie plus régulière, vendanges plus tardives et raisins plus murs qu’en 2003 ; 13° d’alcool, 10 gr de SR (sucres résiduels), 6 gr d’acidité (convertie systématiquement en équivalent sulfurique dans tous les commentaires)
Le nez semble beaucoup plus fin que celui du précédent vin, avec des notes florales (fleurs blanches). En bouche, du gras, des sucres résiduels peu gênants, une acidité bien intégrée, de beaux amers avec une finale longue sur des agrumes


Scharzhofberg : Il s’agit de la production emblématique d’Egon Müller qui a voulu que la dégustation de chaque type de vin comprenne un millésime ancien suivi d’un millésime plus récent.

"Scharzhof" : cet échantillon ainsi que le suivant proviennent de vignes plantées à 5000 pieds / ha, situées sur des pentes moyennes dans lesquelles des engins mécaniques peuvent passer. Ces vins, vinifiés en cuve inox pour garder de la fraîcheur, peuvent être chaptalisés et sont à boire dans leur jeunesse. Cette « qualité » permet également de déclasser d’autres vins.

2001 : Nez un peu terpénique à la limite du variétal. En bouche on perçoit une combinaison de richesse, voire de mollesse et de notes acidulées. Légère déception pour ce vin récolté à 40 hecto/ha. Le temps l’affinera-t-il ?

2006 « Faßprobe » - échantillon prélevé sur fût : millésime assez difficile que 2006 avec un orage de grêle à la fin du mois de septembre et 100 mm de pluies au début du mois d’octobre ; du beau temps ensuite ; petite récolte à 15 hecto/ha
Le nez est naturellement encore marqué par les lies, les ferments. La bouche est assez pure avec plus de tension qu’en 2001, semble-t-il, et de la minéralité ; assez belle finale sur des agrumes. Un beau potentiel apparemment.


Changement de terroir à partit du prochain vin : nous sommes maintenant sur des sols schisteux décomposés, avec des surfaces internes importante, fortement minéraux et bien drainés Les vieilles vignes, environ 3 ha, sont plantées à 1 m X 1 m, soit 10 000 pieds / ha et ne sont pas greffées car elles doivent pouvoir survivre avec un certain taux de phylloxéra dans ce type de sol. Les plantations suivantes ont un âge moyen assez élevé ; elles sont plantées à 6000 pieds / ha et restructurées méthodiquement depuis 1998. L’élevage du vin s’effectue en grands contenants de bois.

1990 Scharzhofberger Kabinett : 10° d’alcool acquis, 40 gr de SR, environ 6 gr d’acidité
Nez très complexe et évoluant fortement dans le verre : fumé, grillé, mentholé, résineux puis ouverture vers du pamplemousse. Attaque de bouche grasse, sensation de maturité des peaux de raisins, acidité saline en arrière plan. Grande longueur et encore du potentiel


2004 Scharzhofberger Kabinett : vendanges très tardives du 26/10 au 15/11 avec 40 à 45% de pourriture noble. Les deux échantillons servis à l’assistance étaient assez différents, l’un beaucoup plus réduit que l’autre. Le vin est encore en phase de fermeture sur des notes fumées et légèrement boisées mais on devine un beau potentiel avec un équilibre construit sur l’acidité. A ce jour, le botrytis est peu perceptible


Les deux vins suivants sont issus de vendanges tardives botrytisées ou en surmaturité. Ils sont réalisés à partir de raisins non levurés, fermentés très lentement dans une cave froide et sujets à des risques importants d’arrêt de fermentation alcoolique.

1992 Scharzhofberger Spätlese Magnum : alcool acquis 8,5° et environ 45 gr de SR dans un millésime assez faible selon Egon Müller, mais une récolte atteinte par la pourriture noble.
Le premier nez est réservé et réduit mais s’affine assez rapidement en mélangeant des senteurs d’hydrocarbures et d’écorces d’orange. La bouche offre de la tension et la trame minérale du vin apparaît rapidement avec une acidité saline presque safranée et un botrytis un peu en retrait : un vrai vin de gastronomie ! Grand potentiel de vieillissement

2003 Scharzhofberger Spätlese : alcool acquis 9° et environ 70 gr de SR avec peu de pourriture noble, dans un millésime également atypique outre Rhin.
Le vin est assez fermé à ce jour, sans être réduit. Progressivement il se libère pour évoluer dans un registre nougatine, dragée, plantes médicinales, voire angélique. Le gaz encore présent tend bien la bouche. Comme souvent en vin jeune, le terroir ne s’exprime pas encore et les caractéristiques du millésime contribuent à désorienter le dégustateur.


Les quatre vins suivants sont issus de pourriture noble et des tries de vendanges ont été réalisées.

1988 Scharzhofberger Auslese
Enfin un vin qui commence à arriver à maturité avec une robe dorée et un nez complexe, légèrement pétrolé et au fruité assez intense : pêche jaune et zestes d’orange notamment. L’attaque de bouche est suave, presque délicate malgré un support acide en filigrane. La bouche évolue dans le registre de la pâtisserie, de l’amande, de la dragée ; on perçoit la pourriture noble. Equilibre intéressant avec 12, 5 ° d’alcool total et peu de sucres résiduels. Belle longueur

2005 Scharzhofberger Auslese : alcool total 16,5° et 8 gr d’acidité dans un très grand millésime
Nez assez extraverti sur de l’ananas puis du confit qui va s’affiner pour laisser apparaître des touches miellées et beurrées. En bouche, très belle sensation tactile de gras et de fraîcheur avec une acidité discrète – mais bien réelle – et toujours cette salinité et cette gourmandise …Très belle réussite pour ce vin au soufre complètement intégré malgré sa jeunesse.

1976 Scharzhofberger Auslese Goldkapsel
Ce vin ainsi que le suivant bénéficie de l’étiquette « capsule dorée » ce qui correspond à des tries de vendanges encore plus sévères. C’est le père d’Egon Müller qui a crée ce terme en 1971 quand les  différents niveaux d'Auslese ont été regroupés.
Pour le 1976, un alcool total d’environ 17°, une robe orangée et un nez puissant qui « pétrole » très légèrement à l’ouverture puis évolue vers du rhum, de la tourbe – un peu comme un whisky – pour finir par présenter des senteurs de truffe blanche. En bouche, la liqueur est très fine avec une sucrosité maîtrisée, sans aucune aspérité et la minéralité du terroir apparaît. Bel équilibre pour ce vin à la légère oxydation.

2005 Scharzhofberger Auslese Goldkapsel
Ce vin est assez différent du 2005 « capsule normale » avec un nez plus fermé qui s’exprime d’abord sur du miel puis évolue vers le confit (abricot, coing). En bouche, l’acidité est plus perceptible, plus en avant et la puissance de la liqueur – écorce d’orange – plus démonstrative avec un botrytis a priori très pur, un confit « éclatant » dans sa trame acide. Bref, autant le 2005 « normal » se goûte déjà bien, autant la « capsule dorée » doit impérativement être longuement attendue.


Les deux vins suivants sont des raretés :

1993 Scharzhofberger Eiswein : ce vin de glace issu de raisins souvent botrytisés est de plus en plus difficile à produire compte tenu de l’évolution du climat. Il faut récolter tôt le matin les raisins gelés sous forme de glaçons et les presser très délicatement pour obtenir le jus : cela s’apparente à un processus de cryoextraction.
Le premier nez est assez étonnant avec des touches de tourbe, de café, de thé vert puis les notes confites apparaissent un peu. De prime abord, la bouche semble un peu monolithique et simple – on ne sent pas trop la concentration – mais à l’aération, elle se densifie et se complexifie sans pour autant atteindre l’équilibre des vins précédents.

1989 Scharzhofberger Trockenbeerenauslese : équilibre de 5,5° d’alcool acquis et d’environ 420 gr de SR : ce vin, issu de vendanges hyper botrytisées qui ont fermenté pendant plus d’un an, est rarissime.
Le nez est d’une très grande complexité en faisant tout d’abord penser à une Eszcencia de Tokay puis la combinaison du botrytis et de l’acidité volatile le font évoluer vers des arômes floraux, du coing, de la figue, le tout dans un léger début d’oxydation ménagée. En bouche, l’acidité analytiquement bien présente est complètement masquée par la densité, la complexité et la légèreté – paradoxe – de la liqueur mais l’ensemble est toujours du vin, heureusement … A déguster pour lui-même …


Evènement rarissime que de pouvoir déguster une petite partie de la production de ce vigneron à la réputation exceptionnelle et aux vins sortant vraiment de l’ordinaire. Nous fumes incontestablement des privilégiés le temps de cette soirée …


Compte-rendu : Yaïr Tabor

 

 
 
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