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Ecole de Dégustation de vins
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Domaine Egon Müller (Scharzhof-Allemagne) - par David Rayer Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Domaine Egon Müller
Scharzhof - Allemagne

Présenté par Egon Müller

 

Grains Nobles le 15 janvier 2007


Plus qu’un plaisir, c’est un privilège et un honneur d’accueillir Egon Müller. Il est venu nous présenter les vins du Scharzhof. En guise de mise en bouche, il a décidé de nous faire connaître les vins du Château Belá. La dégustation se fait par couple de bouteilles, issu à chaque fois d’une même cuvée, mais sur deux millésimes différents, exception faite des deux derniers vins qui sont de grandes raretés. Nous goûterons le plus "mûr" en premier et le plus jeune en second, du fait des sucres résiduels toujours plus marqués dans la jeunesse. Cette comparaison est très intéressante, et permet de mesurer l’évolution et le potentiel des vins, en tenant compte bien sûr qu’aucun millésime ne se ressemble.

Le système d’agrément et le numéro AP
La législation allemande permet de produire 4 catégories de vins :
- Deutscher Tafelwein, équivalent au vin de Table,
- Landwein, équivalent au vin de Pays,
- Qualitätswein bestimmter Anbaugebiete (Qba), équivalent à l’appellation vin de qualité supérieur
- Qualitätswein mit Prädikat (QmP), équivalent à nos Aoc.
Une différence fondamentale entre les Qba et les QmP est la possibilité de chaptaliser uniquement la première catégorie. Cette pratique est fréquemment utilisée, même par Egon Müller (il ne l’a toutefois pas fait en 2003 et 2005). Seules ces deux catégories portent un numéro d’AP.

Chaque lot de bouteilles, issus d’une même cuvée, doit donc passer un contrôle en 3 étapes afin d’obtenir son certificat, correspondant à une homologation.

Le numéro de lot fait parti du numéro AP (amtliche Prüfnummer), visible sur chaque bouteille. Il correspond à un agrément, et l’ensemble des numéros a plusieurs significations : numéro de région, de village, un numéro propre à chaque domaine, … Le plus important (à nos yeux) étant l’avant dernier. Il correspond à ce que nous nommons le numéro de lot. Le dernier est un couple de chiffres qui sont les deux derniers numéros de l’année où le vin a reçu l’agrément, soit, en général, le millésime plus une année.
Exemples concrets : le Scharzhofberger Spätlese Egon Müller 2003 que nous avons dégustés porte l’AP 3 567 142-17-04. Il correspond donc au lot 17, qui a obtenu son agrément en 2004. Le Auslese Goldkapsel 1976 a l’AP 3 567 142-24-77 (vous remarquerez que les premiers chiffres sont identiques).

La grande différence d’AP est surtout vitale pour comparer les lots couramment vendus dans le commerce et les lots vendus à la Versteigerung. Ces vins présentent en effet des différences souvent notables. Ensuite, pour les lots commercialisés, chaque domaine a sa propre politique, et les avis diverges.
Par exemple, le docteur Manfred Prüm et sa fille aînée Katharina, du domaine Joh Jos Prüm à Wehlen, n’ont de cesse de rappeler que les vins (d’une même cuvée), mais avec différentes AP (hors lots pour la Versteigerung), sont quasi identiques. Cet argument peut être contesté par certains, car les vins peuvent présenter des différences quand ils sont jeunes. Mais il leurs donne raison au vieillissement. La dégustation de cuvée identique, sur 2 AP différentes, tend à montrer qu’au bout d’une dizaine d’années les vins se rejoignent. C’est en tout cas valable pour ce domaine. Pour information, le domaine Joh Jos Prüm commercialise régulièrement des AP "tardives", c’est à dire plus d’une d’années après la récolte. Par exemple, vous trouverez le Wehlener Sonnenuhr Auslese 1995  -2 03- ou encore le Zeltinger Sonnenuhr Spätlese 1999  -4 03-.
Vous trouverez derrière le nom de chaque cuvée et le millésime de notre dégustation ce numéro.


La numérotation des bouteilles du Scharzhof
Tout d’abord, il faut rappeler qu’Egon Müller commercialise ses vins uniquement par le circuit professionnel. Il est impossible d’être client au domaine.
Depuis le millésime 2005, chaque bouteille du Scharzhof porte un numéro distinctif afin de permettre sa traçabilité. Pour anecdote, une des deux bouteilles de Scharzhofberger Auslese 2005 qui a été servie pendant la dégustation portait le numéro 1.


L’aventure du Château Belá
Le Château Belá se situe en Slovaquie, pays né en 1993 de la division de la Tchécoslovaquie en deux Etats indépendants. Le climat est continental avec de grandes différences de températures entre l’été et l’hiver. Il se trouve sur la rive gauche du Danube, frontière naturelle entre la Slovaquie et la Hongrie. Les coteaux sont exposés plein sud. Le sol est calcaire, avec une couche de loess. Il y a 6 hectares de vignes plantées en riesling. Les pieds sont espacés de 3 mètres, et les rangs de 2 mètres. Il faut noter qu’elle est en double plantation, c'est-à-dire qu’il y a à chaque fois 2 pieds côte à côte.
Les parents de la femme d’Egon Müller ont repris ce vieux domaine familial en 1999. Le château est très grand, et il était en très mauvais état. L’investissement financier a été important. Pour la vigne, ils ont demandé à Egon Müller de venir voir en 2000. Il a alors rencontrer Miloslav Petrec, l’actuel maître de chais, qui l’a impressionné par sa connaissance du vin. Le premier millésime produit est 2001.
Il faut savoir que la Slovaquie possède 30000 hectares, ce qui est autant que l’Autriche ! La difficulté est le manque d’expérience. La vinification se fait en cuve inox. Mais aujourd’hui, ils aimeraient avoir de grands fûts en chêne, et souhaiteraient avoir la possibilité de chauffer les caves pour éviter les arrêts de fermentation. Les vins ne subissent n’y chaptalisation, ni acidification.
Le Château Belá est le seul vin slovaque exporté.


Château Belá 2003
Comme dans le reste de l’Europe, le millésime a été très chaud et sec. Les raisins ont acquis un degré important, mais pas suffisant en août. La photosynthèse s’est alors bloquée et il a fallu attendre le mois d’octobre pour obtenir le dernier degré. La vendange s’est faite autour du 15 octobre. C’est le vin le plus sec fait en Slovaquie, mais aussi le plus léger.
Egon Müller considère ce millésime comme le moins réussi.
Le vin titre 13°, et il n’a quasi aucun sucre résiduel. L’acidité tartrique est de 7,5. La robe est jaune claire, au reflet vert. Le nez est minéral, discret dans un premier temps, avant de libérer des fleurs jaunes et des notes fumées. La bouche est naturellement riche, et la fraîcheur est apportée par un peu de gaz. Le vin se termine par une belle finale, encore marquée par le soufre et une légère amertume.


Château Belá 2004
C’est un millésime beaucoup plus régulier que 2003. La vendange était plus tardive qu’en 2003, et la maturité du raisin plus accomplie. Le vin est plus riche et complexe.
Il a 13° d’alcool, 10 grammes de sucre résiduel, et 9 d’acidité. A l’inverse de la Saar, 2004 est ici le grand millésime.
Le vin est ouvert, complexe, avec des notes de fleurs blanches, d’herbe fraîche et  de menthol. Il est fin, élégant, doté d’une très belle ligne acide. Son sucre résiduel est bien intégré et équilibré par l’acidité.

 

Le domaine Egon Müller Scharzhof
Derrière la maison familiale, il y a la colline du Scharzberg. Le domaine s’appelle Scharzhof (Hof signifie domaine). Le vignoble qui appartenait au Scharzhof s’appelle le Scharzhofberg. C’est de cette manière que le nom du vignoble est né.
La Saar (nom de la rivière au pied du vignoble) est à 150 mètres d’altitude. Le Scharzhofberg se situe entre 180 et 300 mètres.
Le domaine était monastique jusqu’à la Révolution Française. Jean-Jacques Koch, l’arrière arrière grand père de l’actuel Egon Müller a alors acheté la propriété. Ses descendants s’appellent tous Egon Müller, et c’est Egon Müller "4" qui est avec nous ce soir.
La superficie totale du vignoble du Scharzhofberg était jusqu’en 1971 de 18 hectares. La loi allemande a alors ajoutée 10 hectares, qui sont de moins bonne qualité. Il y a 8 propriétaires. Egon Müller est le plus important, avec 8,5 hectares, dont 3 hectares au cœur sont en vignes non greffées. Les pieds sont espacés d’un mètre.
Ce terroir mythique de la Saar est composé de schistes très décomposés, avec beaucoup de matière organique. Les vins sont d’une finesse, d’une élégance et d’une race incomparables.
Egon Müller gère également un second domaine : Le Gallais. C’est le nom d’une famille française, qui détient encore 50% de cette propriété. Egon Müller "3" a acheté l’autre moitié en 1954 et sa famille est responsable de toute l’exploitation. Le vignoble est le Wiltinger Braune Kupp.


Scharzhof 2001  -15-
Egon Müller est propriétaire d’autres vignobles que le Scharzhofberg et le Wiltinger Braune Kupp dans la région. Ces vignes (plantées à 2 mètres par 1 mètre) permettent de faire ce vin d’entrée de gamme, un Qba. Cette catégorie a le droit d’être chaptalisée, et cette pratique est utilisée quasiment tous les ans (derniers contre-exemples 2005 et 2003). Ce vin peut également inclure une partie déclassée des deux principaux vignobles, car il est en appellation Mosel-Saar-Ruwer.
2001 est le premier millésime où le domaine a fait un Scharzhof (quasi) entièrement en cuve inox. La raison est que ce type de vin est majoritairement bu dans l’année suivant la mise en bouteille. Le but est donc de garder le fruité et la fraîcheur initiale, sans apporter la complexité de l’élevage en vieux foudre.
La robe est encore très clair, au reflet vert. Le fumé du schiste et le citron dominent le nez. C’est un vin frais, léger, sur l’abricot, la pêche. La fin de bouche déploit l’acidité typique de cette région, tendue, tranchant sur le citron frais.

Scharzhof 2006
Il vient de finir la fermentation, et Egon Müller trouve ce millésime assez proche de 2001. L’hiver 2006 a été très long. Juillet a été chaud, août froid. Septembre a été excellent et a fait espérer un millésime excepionnelle. Malheureusement, un orage de grêle s’est abattu sur les vignes le 30 septembre. Les trois jours suivants, il est tombé 100 millimètres d’eau. Le temps s’est apaisé, et trois semaines de beau temps ont suivi. La qualité est jugée très bonne. Les rendements sont infimes.
La robe est encore trouble, jaune claire. Le vin est surtout dominé par la pêche. Il y a au début une juxtaposition de sucre et d’acidité. L’élevage va permettre de développer les arômes, d’intégrer la matière et de faire ressortir la minéralité sous jacente.


Scharzhofberger Kabinett 1990  -12-
Kabinett donne la garantie de non chaptalisation. Dans le cadre allemand, ces vins sont d’habitude très légers, alors qu’au domaine Egon Müller, ces vins sont faits à partir de raisins très mûrs, loin d’être à la limite de la maturité. L’élevage se fait en vieux foudres de 1000 litres. La mise en bouteille s’est faite en avril/mai 1991.
La robe est d’un or fin, encore jeune. Cette bouteille est une introduction parfaite aux vins du Scharhofberg. Le nez est très typique, et donne le potentiel de ce terroir. La complexité des schistes apportant une minéralité fine, avec une pointe de pétrole, le jeu avec les fruits, la pêche, l’abricot frais, la mirabelle et une touche floral (fleurs jaunes) est caractéristique. Le menthol et l’acidité du citron apporte de la fraîcheur et équilibre ce vin désormais à maturité. La note de salinité des vins de Saar est ici présente.
C’est un grand millésime avec peu de sucre résiduel.


Scharzhofberger Kabinett 2004  -07-
Les vendanges ont à peine débuté le 26 octobre pour se terminer le 15 novembre. 2004 n’est certes pas un millésime de grand botrytis, mais ces vendanges tardives ont permis d’avoir des raisins très mûrs, avec une part allant jusqu’à 45% de botrytis, même pour le "simple" Kabinett. Les vins des catégories Kabinett et Spätlese sont par conséquent particulièrement réussits.
Toute la jeunesse et l’austérité des vins du domaine sont ici présents. Très fins, les arômes sont encore primaires. Ils se portent sur la poire, et la pêche mûre. Bien fruité, le nez s’accompagne de notes de levure et de fermentation. La bouche est toutefois riche, tendu par le citron, à l’acidité idéale et longue. C’est une bouteille à attendre, et qui a un potentiel très intéressant.
Pour Egon Müller, les 2004, comme les 1990, vont se fermer pendant longtemps, et perdre leur fruité initial, pour gagner en complexité.


Scharzhofberger Spätlese Magnum 1992  -20-
Spätlese se traduit littéralement par vendange tardive. Ce sont des vins avec une certaine proportion de pourriture noble.
Le domaine fait le moins possible de traitement à la vigne, et Egon Müller pense que c’est la clé du succès pour obtenir cette pourriture noble.
Les formats de magnum (aussi bien Allemands qu’Alsaciens) sont toujours aussi impressionnants. C’est un vrai régal, rien qu’à regarder. Mais l’essentiel est dans la bouteille. Année très mitigée, 1992 est un millésime délicat, et nombre de vins allemands sont aujourd’hui oubliés. Celui-ci par contre nous rappelle, à juste titre, la qualité du domaine.
Le nez est discret, très fin. C’est une harmonie entre le minéral et l’écorce de citron confit. Il révèle doucement mais sûrement son caractère. La bouche est droite, tendue, et dotée d’une très belle salinité. La longueur est intéressante. C’est une belle démonstration du potentiel du terroir.
Ce 1992 est plus léger et a moins de structure que le Kabinett 1990, et il parait avoir plus d’acidité, alors qu’analytiquement, c’est le 1990 qui en a plus.


Scharzhofberger Spätlese 2003  -17-
La comparaison n’est pas "juste" dans le sens où le Spätlese 1992 est issu d’une petite année, alors que celui-ci est d’une grande année.
La sécheresse a été très importante, il y a par conséquent eu que peu de pourriture noble. Les raisins étaient très sains. Dans l’histoire du domaine, ce millésime est comparable uniquement à 1959. Pour Egon Müller, le vieillissement va être linéaire, car 1959 a toujours été ainsi, et il trouve le goût semblable. Le vin paraît être avancer aujourd’hui, mais il va longtemps rester comme celà. La mise en bouteille a été très rapide, avec du gaz.
La robe est très limpide, cristalline au reflet rose. Caractéristique des 2003, le nez est marqué par le fruit primaire (pêche et poire), de pâte de fruits et de dragée, avec un minéral quasi imperceptible pour l’instant. Riche et rond, le vin montre une matière de premier ordre, avec un perlant équilibrant de belle manière la finale. On ressent le potentiel de ce vin au charme immédiat et trompeur, loin de dévoiler tout son caractère.


Scharzhofberger Auslese 1988  -28-
Auslese se traduit par sélection. Cette catégorie est la spécialité du domaine. 75 à 90% de la production du domaine correspond aux vins dégustés précédemment. Le vrai liquoreux commence pour Egon Müller à partir du Auslese Goldkapsel, mais la manière de produire un Auslese est identique.
1988 est un très beau millésime, le premier après 1983 a donné des raisins très mûrs. A peine 12,5° de potentiel, le vin est très léger. La robe a une jolie couleur or jaune. Le vin est fin, et dévoile le charme du vieillissement. Tout est en place, le fruité (pêche, poire, mandarine) est superbement apporté à la fois par le botrytis mais également les raisins sains, le minéral est désormais bien présent. La bouche est intéressante car elle présente une finesse exquise, avec peu de sucre résiduel. Le vin est tendu, avec une très belle longueur.


Scharzhofberger Auslese 2005  -06-
De mémoire, le domaine Egon Müller n’a jamais vu un millésime de cette noblesse. Richesse de constitution, botrytis parfait et une acidité haute se combinent pour donner des vins remarquables : 16° potentiel, 11 grammes d’acidité ! La quantité est très petite, à peine 5000 bouteilles pour cette cuvée.
La couleur est encore claire, or fin. Le nez est marqué par le botrytis très fin, le miel, l’abricot et l’ananas. Les arômes de raisins sains sont à peine perceptibles, principalement l’orange. La bouche est d’abord marquée par la liqueur noble, avant d’être équilibrée par l’acidité discrète mais bien présente. La finale est remarquable.


Scharzhofberger Auslese Goldkapsel 1976  -24-
Le concept de Goldkapsel, littéralement capsule dorée, a été inventé par le père d’Egon Müller en 1971. Auparavant, on distinguait les meilleurs Auslese par les termes Feine Auslese (Auslese fin) et Feinste Auslese (le plus fin des Auslese).
1976 est un millésime exceptionnel au domaine, proche de 1949, avec beaucoup de pourriture noble et des vendanges précoces. C’est sans doute le plus comparable à 2005.
D’une robe jaune orangée, soutenue, le vin distille sa noblesse. Coing, abricot confit, pâte de fruits, le tout supporté par une minéralité, discrète et noble. Les parfums de truffe blanche, une note de miel d’acacia et la tourbe complexifie la structure. La bouche est riche en arômes confits. L’alliance du botrytis et de l’âge est parfaite, apportant un équilibre divin à ce nectare qui commence à atteindre sa maturité. Le jeux entre la minéralité et les fruits est sublime.
Ce vin montre le potentiel des grands rieslings allemands où le sucre et l’acidité se fondent, en complexité, avec une plus grande longueur et une rondeur remarquable.
Un fond de bouteille a été gardé pendant toute la semaine, simplement fermé avec un bouchon en liège et conservé au réfrigérateur. Le vin tient, il est encore sublime.


Scharzhofberger Auslese Goldkapsel 2005  -09-
La recette semble être simple : prenez un des plus grands terroirs au monde, le Scharzhofberg, un des cépages les plus nobles, le riesling, qui plus est en grande partie de vieilles vignes non greffées, et la pourriture noble la plus parfaite, la quintessence du botrytis cinerea. Et derrière tout celà, un vigneron d’exception, un millésime parfait, et nous avons la chance de goûter une véritable merveille. Egon Müller rappelle que c’est l’acidité qui fait la grandeur du millésime.
Le rendement moyen de la récolte en 2005 a été de 15 hl/ha. Cette micro cuvée est issu de 100% de botrytis et possède entre 200 et 250 grammes de sucre résiduel.
L’or jaune marque la robe de ce vin. Le nez est d’une complexité folle, dominée par l’ananas le plus pur. Miel, abricot confit, coing viennent s’ajouter à cette expression encore bien timide, mais dont on devine la grandeur au vieillissement. La liqueur en bouche est tout simplement magnifique, avec une acidité tendue, sur les agrumes, et l’écorce d’orange. La matière est phénoménale, mais l’équilibre est bien présent.
Cette bouteille d’anthologie est l’expression ultime du Scharzhofberg dans sa version botrytisée. Si vous avez la chance de pouvoir vous en procurer, elle devra impérativement être attendue de très longues années, mais lorsque vous la réveillerez, invitez les personnes en mesure de comprendre ce vin, et partager ce moment qui sera forcément unique et inoubliable.


Scharzhofberger Eiswein 1993  -25-
Le dernier Eiswein produit est 2004. En 2005 et 2006, le domaine n’a même pas laissé de raisins pour essayer d’en faire. Le réchauffement de la Terre est la cause, et rend la production de plus en plus aléatoire.
Ce type de vin est plus facile à produire que les grands vins de botrytis, puisque, comme le dit Egon Müller, il suffit "de se lever tôt et de récolter les raisins gelés", alors que pour la pourriture, elle n’est pas toujours noble, et les tries sont vitales et difficiles.
Les plus grands eiswein sont ceux produits mi-novembre, car les raisins sont encore en bon état et la quantité est encore là. Egon Müller pense que la pourriture noble doit être présente. Les eiswein du Scharzhof sont produits de manière totalement naturelle. 1993 est un très bon millésime, car le froid est venu tôt.
La complexité est déjà présente, avec des notes allant plus vers les fruits rouges, la framboise, le cassis, et une note de miel fin. La bouche est droite, précise, et surtout légère. Elle a un côté aérien de grand vin, à la fois concentré en arômes et légère en finale, faisant oublié le sucre résiduel. L’acidité est haute et noble.
Ce vin souffre de son passage après la Goldkapsel 2005, mais il est de toute beauté. Il conserve sa légèreté et même en le reprenant après le vin suivant, il maintient cette finesse.


Scharzhofberger Trockenbeerenauslese 1989  -01-
Trockenbeerenauslese, ou TBA, signifie sélection de baies séchées. 1989 est le premier millésime qu’Egon Müller "4" a fait. Ce n’est pas une découverte, car son père en avait déjà produit. Le premier TBA récolté par le domaine est 1959.
3 jours de travail, 40 vendangeurs : la production est équivalente à 1 bouteille par personne par jour ! Le degré potentiel est de quasiment 30, l’alcool acquis de 5,5° (sucre résiduel de 425 grammes). Il est difficile d’aller au bout de la fermentation.
La robe est évoluée, orange soutenu. Le nez est très expressif : raisins de corinthe, liqueur, abricot sec, peau de mandarine. Les arômes sont déjà assez avancés, et l’oxydation est présente. Mais le sucre permettra de préserver cette bouteille pendant des dizaines d’année. La bouche a une richesse incroyable, sans jamais tomber dans la lourdeur. La longueur est époustouflante.
Ce vin est hors norme, et Egon Müller justifie sa production par l’enseignement acquis par le travail d’un tel produit, et surtout la fierté de présenter un tel résultat.

 


Il me reste à remercier Egon Müller pour cette présentation, dans un français parfait, de ses vins exceptionnels. Le Scharzhofberg mérite amplement sa réputation d’un des plus grands terroirs à vins blancs au monde.
Tout comme les vins du domaine de la Romanée Conti, ceux produits par Egon Müller sont à mettre au Panthéon des très grands vins. La pureté, la finesse et la noblesse des arômes sont notables dans chaque vin. La catégorie des Auslese est ici extraordinaire, touchant très régulièrement au sublime. La pourriture noble est recherchée chaque année, et elle permet de transfigurer le riesling et d’engendrer des bouteilles aussi rares qu’exceptionnelles.
La longue garde est indispensable pour se libérer des arômes primaires. Elle permet le développement de l’harmonie entre le fruité et le minéral, donnant des vins à la complexité hors norme.

Compte-rendu : David Rayer

 

 

 
 
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