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Domaine Bonneau du Martray (Corton-Charlemagne) avec Jean-Charles Le Bault de la Morinière Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Domaine Bonneau du Martray
Corton et Corton-Charlemagne


Présenté par Jean-Charles Le Bault de la Morinière
Jeudi 26 avril 2007


La colline de Corton est unique en son genre. Elle se situe sur 3 villages : Ladoix-Serrigny, Aloxe-Corton  et Pernand-Vergelesses. La Côte de Beaune est installée sur une roche plus jeune et moins dure que celle de Côte de Nuits. La proportion de marne, du Jurassique supérieur, y est plus importante. La montagne de Corton est surmontée du bois éponyme. Sa partie haute est riche en marne et convient idéalement au chardonnay. Elle culmine à 350 mètres. Au contraire, sa partie basse est argilo-calcaire, et c’est le pinot noir qui est ici roi. C’est une zone de transition entre les deux Côtes. Mais ce n’est que récemment (après la Révolution Française) que ces deux cépages ont supplanté le pinot blanc et le gamay.
A la même période, les biens nationaux ont été vendus. Le vignoble n’a pas échappé à cette règle. La famille Bonneau-Véry a acheté des parcelles sur la colline de Corton et créé le domaine. Né en 1886, René Bonneau du Martray fut longtemps en charge des vignes. Il était très attaché à son domaine, et le conserva tel qu’il demeure encore aujourd’hui. La production était alors vendue au négoce. Sans héritier, il légua le domaine à sa nièce Alice le Bault de la Morinière. C’est alors que son époux, Jean le Bault de la Morinière, reprend la vigne en 1969. Dès 1972, les vins sont vendus directement. En 1993, son fils Jean-Charles, le rejoint après avoir longtemps travaillé comme architecte, notamment dans la restauration du patrimoine, à Paris. Il a longtemps hésité, mais son père avait jugé qu’il était le plus apte de ses 4 fils à reprendre le domaine.
Le Corton rouge est le seul grand cru de la Côte de Beaune. Les 6 autres grands crus sont blancs. La superficie du domaine atteint en pinot noir à peine 1,5 hectare, situé sur 2 parcelles.
Bonneau du Martray ne possède en fait des vignes uniquement sur Aloxe-Corton et Pernand-Vergelesses. Le chardonnay est dominant, puisqu’il représente 9,5 hectares, plantés au cœur du climat "Charlemagne". Les parcelles, au nombre de 15, se divisent sur les deux communes : Aloxe (au Sud-Ouest) sur le lieu dit "Le Charlemagne", et Pernand (à l’Ouest) sur le lieu dit "En Charlemagne". Ces 11 hectares sont regroupés en un bloc d’un seul tenant. Pour Jean-Charles le Bault de la Morinière, c’est extrêmement stimulant de faire des grands vins blancs et rouges, voire même un défi. Son père avait l’intention d’arracher tous les pieds de pinot noir, mais il a réussi à intervenir à temps pour l’éviter.
Il rappelle que le cœur du métier est le travail à la vigne. Les consignes de productivité après la Seconde Guerre mondiale et la recherche de sécurité par rapport aux maladies de la vigne ont mené à des traitements chimiques importants. D’ailleurs, le domaine désherbait toutes les vignes jusqu’au milieu des années 1980. Dès 1996, il rejoint un groupe de suivi de la viticulture. Il reconvertit parcelle après parcelle. Le travail est long et fastidieux. En 2003, un chef de culture est embauché pour approfondir les démarches, et notamment l’utilisation de la culture biologique. Par exemple, les eaux qui ressurgissent en milieu de coteaux (après les pluies) provoquent une érosion importante. Pour préserver les terres, il a été pensé un système d’enherbement par plaque.
Bonneau du Martray est l’unique domaine Bourguignon à ne posséder des vignes qu’en Grand Cru. Le travail à la vigne, le suivi des vinifications et les mises en bouteilles garantissent une qualité extraordinaire aux vins produits. Le Corton Charlemagne est au sommet de la production de ce grand cru. Le Corton a depuis quelques années gagné en pureté et en matière. Il se situe au meilleur niveau.

Pour introduction, Jean-Charles le Bault de la Morinière nous a présenté des photos (projetés sur mur) de la région, des vignes, du domaine. Chacun a ainsi pu voir d’où vient le vin. Les explications ont été hautement appréciées : le paysage et ses pentes marquées, le type idéal de grappe, le labour à l’automne 2001, etc. Pour l’histoire, il a participé à toutes les vendanges du domaine depuis 1969, à l’exception de 1976 pour raison de service national.
L’avant dernière parcelle replantée le fût en 1994, sur clone. La dernière l’a été il y a à peine 1 mois, en sélection massale.

La dégustation :

Corton Grand cru 1995
L’âge moyen du vignoble en rouge est aujourd’hui de 40 ans. Les 2 parcelles sont situées en bas de coteaux. Jean-Charles le Bault de la Morinière considère ce 1995 comme son premier vrai millésime. Certes il a repris le domaine en 1994, mais il n’avait pas encore toute la vision nécessaire pour travailler ce vin. 1995 fût une très petite récolte, avec une légère attaque de botrytis. Les raisins ont été totalement éraflés. La vinification a été classique, sans être trop longue.
La robe est d’un joli rubis clair, avec une très légère évolution en bordure. Le premier nez évoque la cerise sauvage, la liqueur, le fumé typique du minéral de ce terroir. Les épices sont assez puissantes. A l’aération viennent les notes de violette et de cassis. La bouche présente un fruité plus important que le nez, avec des petites baies rouges, très légèrement compotées. La densité est moyenne, mais la longueur est très intéressante. Le vin s’épanouit aromatiquement dans le verre.

Corton Grand cru 2005
Le Corton 2005 n’est pas encore mis en bouteille. Le domaine n’est pas tout à fait satisfait pour le moment de la limpidité du vin. Il a besoin de finir sa clarification. La production est de 20 pièces. Pour Jean-Charles le Bault de la Morinière, les évolutions ces dernières années sur le vin rouge ont surtout été apportées par le suivi des vendanges et des vinifications. L’utilisation du bois neuf est de 50%.
Le rubis sombre de la robe, avec un reflet violet, montre la jeunesse du vin. Le premier nez est surprenant, car il va dans le registre de la torréfaction, du cacao et café fin. Le fruit se libère ensuite allant de la framboise au cassis, et agrémenté d’une subtile touche florale (violette puis rose). Une pointe de mine de crayon est notable. Le touché de bouche ainsi que le velouté sont splendides. La matière est remarquable, et les tannins sont extrêmement fins. Son style me rappelle quelques grandes réussites de syrah.


Corton-Charlemagne Grand cru 1993 (servi à l’aveugle)
Nous débutons la série des blancs par un vin servi à l’aveugle. Seul indice, c’est un Corton-Charlemagne du domaine. Le millésime fait parti de la liste des vins servis ce soir. Il s’agit donc de trouver quelle est cette année. Trois décennies sont possibles : les millésimes récents, avec le trio 2005, 2004 et 2003, les années 1990 avec 1996 et 1993 ou alors un vin de plus de vingt ans avec le 1985.
Le silence se fait, la surprise est totale. Chacun se prend au jeu, et les premières réponses se font attendre.
La robe est encore très claire, avec un reflet or fin. Le nez est tout en finesse, miellé, vers l’acacia, avec de la cire, noisette fraîche et ananas. La réduction est très fine, et laisse apparaître la pâte d’amende. L’entrée en bouche est noble, soutenue par un beau gras. La minéralité arrive rapidement, et donne une tension vive au vin. Son acidité le porte sur une longueur étonnante. Il a un équilibre presque chablisien.
Remarquable de jeunesse, c’est uniquement sa complexité qui donne la clef de son âge : plus de 10 ans. Il n’a toutefois pas la typicité de 1996, et c’est bien 1993 : surprise !
La démonstration est frappante et montre plusieurs aspects :
- la grandeur du terroir, le résultat étant exceptionnel pour ce millésime,
- l’aptitude au vieillissement,
- la minéralité de ce coteau.
Il faut noter que 1993 a été très humide pendant les vendanges. A tel point que le domaine a utilisé un hélicoptère pour assécher le vignoble (par effet de souffle). Le vin n’a pas du tout été bâtonné.
L’autre point remarquable, qui fait la force du domaine, est la commercialisation de millésimes prêts à boire. Grâce à la taille des parcelles, il peut en effet stocker chaque année une quantité de bouteilles, remises en vente une dizaine d’années plus tard. Vous trouverez encore en ce moment le 1991 et ce 1993. Chose exceptionnellement rare en Bourgogne, qui plus est pour un grand cru…

Corton-Charlemagne Grand cru 1996
Les vins sont ensuite servis en annonçant le millésime. Nous remontons ainsi les années, jusqu’au 2005, et terminerons par le 1985.
La robe est plus or que le 1993. Le nez est marqué par l’ananas, la noisette un peu grillée, et son côté beurré. Le vin est aimable en entrée de bouche, mais révèle rapidement son côté tranchant, minéral, anisé. La finale est très tendue et présente une légère amertume. Il est encore fermé à ce stade.

Corton-Charlemagne Grand cru 2003
L’acidité était basse, mais le pH était convenable.
Les deux bouteilles n’étaient pas identiques, celle de mon côté avait une légère trace liégeuse. La robe est claire et brillante. La marque du fût (anis) est quasi imperceptible. Le nez est frais, sur les agrumes (peau de mandarine), floral et minéral. La bouche est grasse, avec une grande concentration. La force est impressionnante. La finale est tannique, avec une pointe d’amertume. Jean-Charles le Bault de la Morinière fonde beaucoup d’espoir sur ce vin, dont il a d’ailleurs gardé un certain nombre de magnums.

Corton-Charlemagne Grand cru 2004
Les conditions climatiques sont qualifiées de plus normales en 2004. L’oïdium a été présent, mais de manière assez inoffensive. La trie à la vendange a été sévère, certaines grappes n’ont pas été coupées. Au total 3 tries ont permis de produire ce Charlemagne.
La robe est très claire. Le nez est fumé, minéral, avec une pointe végétale (genêt). Le miel se fait très discret, mais est déjà perceptible. Le vin est droit, tendu, minéral, presque austère. Un léger grillé est remarquable en finale.

Corton-Charlemagne Grand cru 2005
Cet échantillon a été tiré juste avant mise. 2005 a produit 150 pièces, à comparer avec les 100 en 2003.
Le nez est envoûtant : très pur, avec un léger grillé très charmant, des notes de pêche de vigne, de minéral, noisette fine, agrumes. La complexité est splendide. Tout se retrouve en bouche, d’une densité et d’une fraîcheur incroyable. L’extrait sec est phénoménal. C’est manifestement une immense bouteille ! Elle se rapproche de 2003, sans le côté tannique.

Corton-Charlemagne Grand cru 1985
Comment passer après ce brillantissime 2005 ? La réponse est simple, il faut un grand millésime. 1985 en fait parti, c’est une année où le rendement et la qualité étaient réunis.
Comme toutes les bouteilles, la couleur de ce vin ne laisse pas deviner son âge : or clair. Le nez est dominé par l’acacia, le floral, la mandarine et la peau d’orange. Le minéral est présent dès l’entrée de bouche, le gras gagnant peu à peu. La finale est riche, pleine, dense et très longue. Le vin est magnifiquement complexe et d’une grande jeunesse.


Cette dégustation a été d’un très haut niveau. Nous remercions Jean-Charles le Bault de la Morinière pour nous avoir accorder son temps et pour la précision de ses explications. Les vins ont tous été superbes. Les rouges sont très prometteurs. L’évolution entre 1995 et 2005 est surprenante. Les blancs sont au meilleur niveau. Ils exhalent une minéralité radieuse, un fruité fin et noble et une touche de miel d’acacia. Quelque soit le millésime, le terroir domine et montre sa force. 2005 promet de rentrer dans la légende des très grands Corton-Charlemagne. La production du domaine n’a jamais été aussi excitante.


CR : David Rayer

 

 
 
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