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Ecole de Dégustation de vins
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Domaine de Bellivière (Jasnières et Coteaux du Loir) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Domaine de Bellivière

Jasnières et Coteaux du Loir

présenté par Eric Nicolas
 


Grains Nobles, lundi 11 juin 2007

Eric Nicolas est venu ce soir avec sa femme, pour laquelle il a beaucoup de reconnaissance. Il est venu dans le métier par passion. Il avait de fortes sensations le poussant à se convertir, et a fait de nombreuses rencontres autour de la table. Avant de se lancer, il a énormément lu. C’est sa femme, en 1989, qui le pousse à entreprendre des études. Il démarre à Montpellier, à l’école d’œnologie, pendant 2 ans. Il regrette aujourd’hui que cette formation ne fût pas plus tournée vers la viticulture. Son premier poste était un emploi de vinification en cave particulière, dans la région des Côtes de Provence. Il visite à cette époque le château de Pibarnon. Il y apprend le respect de la vigne et du raisin.
En 1992, Eric Nicolas travail dans une grande cave coopérative. C’est l’année suivant le gel, et les rendements sont alors énormes. Il réussit toutefois à imposer la maîtrise de la température, et engage la rénovation de la cuverie.
Des problèmes de santé l’obligent à prendre du recul, et il en profite pour étudier une installation. Grâce à une amie, il apprend à connaître les vins de Jasnières. Il s’y installe dès 1993, en louant des vignes. Mais à peine 9 mois plus tard, le vigneron reprend toutes ses vignes. S’en suivent des achats successifs, parfois rapidement revendus. Il acquiert par exemple 3,5 ha en Coteaux du Loir, des friches de Jasnières en 1995, ou encore 2 ha en vin de table. Le premier millésime de rouge est 1995. Les cuvées de blanc sont L’Effraie et les vieilles vignes Eparses.
1996 est un très beau millésime à botrytis, et produit le discours de Tuf et Rosiers.
Le millésime 1997 permet la production d’un grand éventail de chenin, des secs aux liquoreux.

Eric Nicolas trouve l’équilibre (naturel) dans ses fermentations et ses vins à  partir du millésime 1997. Ses études se concentrent ensuite sur l’utilisation du souffre, afin d’obtenir une belle pureté. Il avoue toutefois avoir eu une année noire, 2001, pour laquelle il est allé trop loin. Certains vins présentent aujourd’hui une oxydation prématurée.
Ce vigneron est en constante recherche, à la vigne comme à la cave. Le réinvestissement est permanent.

Le domaine de Bellivière représente désormais 12,5 ha. Depuis 2002, la proportion des vins produits est égale entre Coteaux du Loir, Jasnières et les rouges.
Le personnel se compose d’Eric Nicolas bien sûr, sa femme et son fils. Un employé à plein temps depuis 2000, et une employée à mi-temps, depuis 7 mois.

La vallée du Loir se situe dans le département de la Sarthe. Parallèle à sa grande sœur, la vallée de la Loire (avec laquelle il ne faut pas la confondre), elle enferme en son cœur un vignoble qui démarre à Vendôme (à l’Est), et s’étire sur une quarantaine de kilomètres. Trois appellations sont délimitées : Coteaux du Vendômois, Jasnières et Coteaux du Loir. Cette zone présente la même géologie que la Touraine, 30 kilomètres plus au Sud. La vigne est plantée sur des sols de tuffeau, propices à sa culture. Les flancs abritent les caves et les maisons troglodytes.


La dégustation

Coteaux du Loir rouge Rouge-gorge 2005
Le cépage rouge utilisé est le pinot d’Aunis. Originaire du Saumurois, les moines l’ont développé très tôt. Des écrits du 8ème siècle attestent sa présence. C’est le plus ancien cépage de Loire. Par la suite, le cabernet le remplaça. Ce serait un cousin du chenin, et il est souvent appelé le "chenin noir". Il a par ailleurs une capacité à très bien prendre la bulle.
Les vignes sont plantées sur des argiles à silex. Les argiles sont fortes, elles permettent d’obtenir une belle maturité et donnent de la structure. La moyenne d’âge est de 50 ans, contre 100 ans pour la cuvée Hommage à Louis Derré. La densité de plantation est de 6500 à 7500 pieds/ha. Le rendement en 2005 a été d’à peine 17 hl/ha. Eric Nicolas dit prendre une orientation bourguignonne pour faire ses vins rouges. Il égrappe, extrait par pigeage, et travaille en cuve ouverte. Il assemble les jus de presse et de goutte. L’élevage dure un an, et la malolactique est faite en barriques (de plusieurs vins).
Le domaine de Bellivière exploite 4 ha de pinot d’Aunis.
La robe est rubis, brillante. Elle est relativement colorée pour ce cépage, et est donc signe d’une grande maturité. Le nez développe la cerise bigarreau, le poivre noir et une touche  fumée. La pointe végétale est noble. Le vin est puissant, fortement concentré sur les fruits noirs, et les épices. La structure tannique permettra de garder cette bouteille quelques années en cave.

Coteaux du Loir Vieilles Vignes Eparses 2004
Cette cuvée est issue d’un assemblage de plusieurs parcelles, d’une moyenne d’âge de 60 ans, la plus ancienne étant de 1921. Les mêmes parcelles sont utilisées chaque année. Les sols sont variables, entre les argiles et le sable.
Après le millésime 2003, dont les vins avaient au minimum 40 g de sucre résiduel, Eric Nicolas voulait absolument faire des secs. Les premiers raisins ramassés ont permis d’élaborer ce vin. La complexité est liée à la plantation. L’élevage se fait en fût de 600 litres, neuf à hauteur maximale de 25%. La fermentation malolactique a en partie été faite.
La robe est claire, aux reflets or. Le vin exprime des notes d’ananas, d’anis, de coing, avec une pointe fumée liée aux argiles. Il présente une minéralité forte, accompagnée d’une tension vive. Le floral ainsi que la groseille ressortent en finale, d’une belle longueur et fraîcheur. C’est un très beau sec.

Jasnières Les Rosiers 2005
Jasnières est l’une des appellations les plus anciennes de France, puisqu’elle date de 1937. 128 ha sont classés, mais seulement 110 sont plantés. 80% des vignes se situent sur la commune de Lhomme, et elles sont sur un coteau en forme de croissant.
Les Rosiers sont des vignes plantées entre 1996 et 2000. 2/3 d’entre elles sont des sélections clonales. Le rendement en 2005 sur cette cuvée a été de 38 hl/ha.
La maturité du raisin est notable : ananas mûr, presque confit, coing, papaye. Le fruité est plus marqué que la complexité, et les très jeunes vignes laissent apparaître le côté variétal du cépage. En bouche, les 13 g de sucre résiduel sont bien intégrés. Le poivre blanc marque la finale.

Jasnières Calligramme 2004
Contrairement à Eparses, Calligramme a été ramassée en fin de vendange. Le botrytis avait alors fait son apparition. Le vin titre 14,5°. Il a été soutiré au bout d’un an, et mis en bouteille après 18 mois. Il restait alors encore 9 g de résiduel.
Au floral s’ajoute la pâte d’amande, l’ananas confit très fin, et après aération la poire comice. La douceur en bouche, sa finesse et son gras font une parfaite bouteille de gastronomie.

Coteaux du Loir Vieilles Vignes Eparses 2005
Le succès de 2005 résulte en partie de la floraison, qui a été courte et homogène. Le sucre résiduel est ici de 20 g.
Le premier nez est fermé, et au bout de quelques instants, il délivre des parfums de pierre chaude, de fumé, de poire épicée. La rondeur, le gras sont parfaitement équilibrés par une superbe acidité. Le vin est long et épicé.

Jasnières Calligramme 2005
La parcelle de Calligramme représente 0,80 ha. Les vignes ont une cinquantaine d’années. Le vin présente 30 g de résiduel, et la malolactique a été partiellement réalisée.
La robe se pare de reflets dorés plus prononcés. Le nez, tout en restant frais, accentue les notes confites. Le gras du vin est, à mon avis, moins bien équilibré que le vin précédent, et demandera d’autres accords à table. Il joue plus sur la puissance et la richesse.

Coteaux du Loir Haut Rasné 2002
Haut Rasné est un lieu dit. Il est situé dans le prolongement du croissant de Jasnières. Les argiles sont ici plus friables, et la parcelle est facilement labourable. L’âge moyen des vignes est de 30 ans, avec quelques pieds allant jusqu’à 50 ans. La prise de botrytis est, sur cette partie du vignoble, souvent obtenue, et ceci de manière rapide.
La robe, ainsi que le nez montre une évolution du vin. Il joue sur un registre iodé, ainsi que des notes de truffe, de mandarine et d’agrumes. La bouche est miellée et ample.

Coteaux du Loir Vieilles Vignes Eparses 2003
Il existe deux mises de ce vin. Celle-ci est "élevage 18 mois" (comme indiquée sur l’étiquette), donc la deuxième mise. Les vendanges du millésime 2003 ont eu lieu du 17 septembre au 1er octobre. Le sucre résiduel est de 40 g.
La robe est or. Le nez est dominé par l’abricot, allant vers l’exotique. La marque du millésime est perceptible. La bouche a une longueur moyenne, jouant plus sur la maturité que sur la tension.

Coteaux du Loir Haut Rasné 2003
C’est également la cuvée 18 mois d’élevage, mais contrairement à la bouteille précédente, elle n’a jamais été mise sur le marché. La production n’est que d’une barrique. 2003 a appris à Eric Nicolas que "Haut Rasné allait vite", autant pour la maturité des raisins, que pour le travail en cave (fermentation). Le vin a entre 70 et 80 g de résiduel.
Anis, poivre blanc, très belle fraîcheur, ce vin joue sur l’élégance. Le millésime ne se devine que par le passerillage. Une légère amertume en finale permet d’obtenir un bel équilibre.

Coteaux du Loir Haut Rasné 2005
19,2° potentiel pour 11 acquis : ce vin titre donc 130 g de résiduel. Le botrytis est apparu en milieu de vendange, le 17 octobre.
La robe est d’un bel or, relativement soutenu. Le botrytis est parfait au nez, très pur, accompagné de coing, d’agrumes, tout en complexité. La liqueur en bouche confirme l’impression précédente. L’équilibre est splendide. C’est l’exemple idéal, avec le vin précédent, de la différence entre le passerillage et le botrytis : nous avons ici un cas d’école, une très belle leçon. C’est pour Eric Nicolas le plus joli vin qu’il n’ait jamais produit en moelleux.

Jasnières Les Rosiers 2000
Nous marquons une petite pause dans la dégustation, et ce vin sert de liaison. Eric Nicolas en profite pour rappeler brièvement le type de sols sur les coteaux du Loir. En général, le haut de coteau est composé de tuffeau, puis en descendant, on va vers la dégradation de tuffeau, le sable, puis les argiles à limon en bas.
Les raisins de ce Rosiers 2000 ont été ramassés entre les bruines. Le millésime a été délicat.
Le nez présente de suite un caractère plus habituel des vins de la région. Très minéral, sur le silex, avec une présence iodée importante et un côté légèrement grillé, ce vin est encore assez austère. Il est tendu, droit, et très sec. Nous l’imaginons avec des huîtres.

Coteaux du Loir Vieilles Vignes Eparses 2002
2002 a été une année sans grand vent, avec peu de soleil car le ciel était souvent voilé. Le botrytis n’a pas été des plus nobles. L’humidité et les pluies ont gagnées la région à partir de novembre, il fallait donc impérativement avoir fini les vendanges avant. De plus, Eric Nicolas a fait entrer 1 hectare (sur 3 au total) d’une vigne nouvellement acquise. Elle était donc moins au niveau des autres, ce qui a pu pénalisé le résultat final.
Le vin se complexifie toutefois au vieillissement. Pour rappel, la roche mère est ici souvent plus loin qu’elle ne l’est à Montlouis ou à Saumur.
Le nez est floral, portant sur les agrumes et principalement le pomelo. Le minéral domine en bouche, laissant apparaître toutefois une tension et un caractère affirmé. La finale est longue.

Jasnières Elixir de Tuf 2004
Elixir évoque la rareté. Cette cuvée n’a été produite qu’en 1997, 1999, 2004 et 2005. C’est un liquoreux. Les conditions de botrytis étaient, en 2004, les moins favorables de la série.
5 tries ont été nécessaires jusqu’au 10 novembre. Le cœur des grappes était le plus altéré. Le rendement final se situe sous la barre des 10 hl/ha. Lors de ces vendanges "ultimes", le raisin est un peu plus passerillé, il a moins de botryticine.
Le nez est complexe, sur le coing très mûr, le minéral cramé, le végétal (foin), la mine de crayon. Le botrytis est perceptible par le côté confit. La vinosité est surprenante, mais le vin ne perd pas en fraîcheur malgré les 170 g de résiduel. Le minéral s’exprime encore mieux en bouche.

Vin de table Aurore d'Automne 2005
Tout a démarré en 1999. Eric Nicolas était alors dans l’urgence pour ramasser les chenins, et il n’a pas eu le temps de s’occuper de ses pinots d’Auris. Lorsqu’il s’y rendit, les raisins étaient attaqués par la pourriture grise. Après séchage et passerillage, le pressoir a révélé des degrés potentiels supérieurs à 20. La fermentation démarre, et les jus s’affinent, grâce notamment au soutirage. La même expérience a été retentée en 2001, dans les mêmes conditions. Par contre, en 2005 le passerillage était sain. La vendange s’est faite par trie. La fermentation a eu lieu en cuve et en fût. Le vin titre 11°, et a 202 g.
La robe est saumon, légèrement cuivrée. La gamme aromatique est large, le nez est fumé, avec une dominante de prune, et de confit. La bouche révèle la richesse du vin, sans toutefois tomber dans l’excès.

Conclusion
La gamme des vins produite par Eric Nicolas est extrêmement variée. Nous avons eu ce soir un large éventail, permettant d’apprivoiser les chenins du Loir, ainsi que le Pinot d’Auris. Les terroirs sont désormais bien en mains, et ils s’expriment chacun de leur manière dans les différentes cuvées. Les vins issus de vieilles vignes montrent une supériorité de profondeur. Le millésime 2005 a, qui plus est, permis de produire des vins fabuleux, mettant incontestablement en avant les capacités de la région et du vigneron.
Comme dans tous les vignobles septentrionaux, les vins, y compris d’une même cuvée, peuvent présenter suivant les millésimes des taux de sucre très variables. Les vins du domaine de Bellivière étant disponibles dans la plupart des grands restaurants, nous ne pouvons que vous inciter à prolonger la découverte, en vous faisant aider. Ils restent toujours très fins, équilibrés, et seront mettre en valeur la table. Vous pourrez également toujours relire ce compte-rendu afin de faire le meilleur choix possible.
Enfin, il faut ajouter que le domaine de Bellivière est en conversion biologique depuis 3 ans. Des notions de biodynamie sont utilisées, notamment pour l’utilisation des plantes en complément du cuivre. Les traitements dans les vignes sont donc très limités.

CR : David Rayer

 

 
 
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