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Etude de Terroir de Bernard Burtschy : Les Graves Blancs Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Etude de terroir : les Graves blancs
par Bernard Burtschy

Grains Nobles le lundi 24 septembre 2007


INTRODUCTION

Un conseil : pour savoir où acheter, dans chaque ville, les meilleurs produits, procurez-vous le Guide des Gourmands, rédigé par Elisabeth de Meurville, dont la nouvelle édition vient de paraître. Quel rapport ce conseil peut-il avoir avec la dégustation qui nous occupe ? Rien, sinon ces petits à-côtés qui agrémente un début de soirée où Bernard Burtschy arrive essoufflé, mais à l’heure, du pot de lancement de ce guide qu’il trouve particulièrement bon : « Elisabeth est la meilleure professionnelle des produits » …
La soirée peut donc commencer, plus « sérieusement », par une remise en perspective de l’appellation des Graves. Chacun attend au tournant ces blancs qui n’auraient pas pu donner lieu à une « Etude de terroir » s’ils n’étaient pas capables de fournir des flacons exceptionnels mais qui restent néanmoins trop méconnus.
Pourquoi ce paradoxe ? Probablement parce que les grands Graves sont morts à la fin des années 1960 (un dernier grand millésime en 1966). En effet, si, jusque cette date, cette région au Sud de Bordeaux donnait des vins époustouflants composés principalement de sémillon, elle a vu progresser, sous l’influence du Professeur Denis Dubourdieu, un autre cépage, le sauvignon, ramassé à faible maturité. Un cépage qui, sur ce terroir, offre des vins aromatiques et plus facilement consommables dans leur jeunesse mais qui n’ont jamais la classe de leurs aînés construits majoritairement sur le sémillon. Bien sûr, tous les domaines n’ont pas suivi la tendance et Laville Haut-Brion, par exemple, reste encore aujourd’hui planté à 90% de sémillon.
Le sémillon est en effet un cépage précoce, souple, rond, soyeux et peu aromatique dans sa jeunesse, qui apporte du gras, mais dont la complexité se révèle avec l’âge, le vin acquerrant alors des fragrances miellées. Le sauvignon, cépage peu précoce, préfère le calcaire et la silice de la Loire (il peut donner de très grand vins à Sancerre). Il apporte de l’acidité et offre des arômes agréables mais plus variétaux sur Graves, nécessitant un travail d’élevage. On retrouve donc ces arômes d’ananas ou de pamplemousse typique du sauvignon, dans de nombreuses cuvées, ce qui tend à homogénéiser les vins de l’appellation. Enfin, notons qu’un troisième cépage joue le rôle d’épice dans certains assemblage : la Muscadelle représente quelques pourcents de l’encépagement dans de nombreuses propriétés.
Le nom du terroir des Graves vient de celui des cailloux traînés par la Garonne en crue depuis les Pyrénées à l’ère secondaire. Mélangés avec du sable ou de l’argile, ils donnent ainsi deux catégories de terroirs le premier permettant d’affiner le sauvignon alors que le second est plus adapté au sémillon dont il permet de ralentir la maturation. Le terroir des Graves s’étend de la banlieue Sud de Bordeaux à Barsac et Sauternes (qui pourraient s’appeler Graves). Avec aujourd’hui 2/3 de rouges et 1/3 de blancs, ce terroir qui s’étend sur environ 3000 ha, produisait majoritairement des blancs il y a un siècle. 44 communes composent l’appellation. Certaines sont enclavées en ville, d’autres se trouvent dans les bois.
Il existe une appellation « Graves supérieurs » qui est, en général (mais pas systématiquement), réservée aux liquoreux des Graves (hors Sauternes et Barsac). En 1953 et 1959, 14 crus seront classés en rouge et 8 en blanc. Certaines propriétés sont classées dans les deux couleurs et d’autres dans une seule. Smith Haut Lafitte et Pape Clément sont, par exemple, classés uniquement en rouge. Enfin, c’est en 1987 qu’au Nord des Graves apparaît enfin une troisième appellation : Pessac-Léognan, avec les châteaux les plus prestigieux (quelques exceptions s’en trouvent exclus à tort, comme Château Magence ou Château Chantegrive (cuvée Caroline)).



LES VINS DEGUSTES
Domaine de Chevalier 2006 (en échantillon) – Pessac Léognan – Grand cru classé (*****)
La robe est claire. La bouche dense, grasse et élégante malgré la phase de prise de bois dans laquelle l’échantillon a été prélevé. Le vin est persistant, équilibré, avec une belle finale acidulée.
Il se révèle conforme à l’exigence d’excellence qui caractérise le domaine (raisins ramassés par tries successives avec un très grand soin, sélections massales…) notamment depuis M. Ricard, propriétaire génial qui a transmis son savoir-faire à Olivier Bernard après la vente du domaine en 1980.
60% de sauvignon et 40% de sémillon.
Cette bouteille confirme que 2006 est un très beau millésime. Selon Bernard Burtschy, trois grandes réussites caractérisent les blancs des Graves en 2006 : Laville Haut-Brion, Pape Clément et Malartic Lagravière.

Château Carbonnieux 2004 – Pessac Léognan – Grand cru classé (***(*))
La robe est également claire, le nez révèle des notes d’amande, le milieu de bouche présente une belle acidité, avec de légères notes de vieillissement. Beau vin, moyennement complexe.
Clairement en dessous de Chevalier, Carbonnieux est néanmoins un vin régulier et de bon rapport qualité/prix. Il est toujours bien fait même s’il n’atteint pas le génie des plus grandes bouteilles des Graves. Il a beaucoup progressé sous l’impulsion de la famille Perrin après avoir appartenu aux bénédictins qui avaient réussi le tour de force de le vendre… au moyen orient sous le nom d’« Eau minéral de Château Carbonnieux ». L’accueil au château est très sympathique et il est possible d’y déguster les cuves par cépage et par terroir.
60% de sémillon, 38% de sauvignon et 2% de muscadelle.

Malartic-Lagravière 2004 – Pessac Léognan – Grand cru classé (****)
Plus dense que Carbonnieux mais moins élégant que Chevalier, le nez est, à ce stade, dominé par le sauvignon (pamplemousse, ananas). Encore très jeune et sur une franche acidité, il aura besoin encore de quelques années pour se fondre. Belle persistance.
Conseillé par Michel Rolland, le domaine produit principalement des rouges. Les rendements en blanc ont considérablement baissé en dix ans (100hl/ha en 1994, la moitié aujourd’hui). Le second vin (les sillages de Malartic-Lagravière) est un des meilleurs rapports qualité/prix du bordelais.
85% de sauvignon.

Blanc de Lynch Bages 2003 – Bordeaux (****(*))
Nous sortons très provisoirement avec ce vin de l’appellation des Graves pour nous retrouver sur les terres médocaines, le Château Lynch-Bages produisant 4,5ha de blanc.
Plus foncé que les vins précédents. Dense, gras. Moyennement fin dans cette année très chaude, il offre un nez sur l’amande, avec un peu de noix, de pamplemousse et d’ananas.
40% sémillon, 40% sauvignon, 20% muscadelle.
Remarque : il existe d’autres vins blancs dans le Médoc avec des encépagements très divers (Pavillon Blanc de Château Margaux est, par exemple, composé à 100% sauvignon).

Domaine de la Solitude  (2003) – Pessac Léognan (12,5/20)
Nez anisé et pamplemousse. Attaque et milieu de bouche droits. Fluide mais bien fait. Encore jeune, frais. Assez long. Le vin est élaboré par l’équipe du Domaine de Chevalier
85% de sauvignon, 25% de sémillon.

Château Couhins-Lurton 2003 - Pessac Léognan – Grand cru classé (***(*))
Bien fait. Bel équilibre. Belle finale. Beau vin sans être grand. Il est vinifié par Denis Dubourdieu et géré par l’INRA après avoir appartenu à un fermier, André Lurton (d’où le nom Couhins-Lurton).

Château Latour-Martillac (2003) –  Pessac Léognan – Grand cru classé (***(*))
Nez un peu réduit. Vin plus gras, moins expressif. Léger creux en milieu de bouche. Longueur moyenne.
Pas la meilleure année pour le sémillon confirme Bernard Burtschy.
65% sémillon, 35% de sauvignon.

Malartic-Lagravière 2003 – Pessac Léognan – Grand cru classé (***(*))
Vin puissant et gras. Un peu sur la retenue mais plus fondu que 2004. Belles expressions de sauvignon mûr. Longueur moyenne à ce stade.
1966, 1964, 1955 : grands millésimes au château.

Château Haut-Bergey 2002 – Pessac Léognan (***)
Robe jaune orangée. Un peu lourd, pas très fin. Sur des arômes secondaires. Acidité un peu vive en finale.
Le vin est celui de l’ancien style du Château, avec des rendements trop élevés et des raisins pas assez murs. Depuis son rachat, le château est en pleine renaissance
2ha de blanc, 80% de sauvignon et 20% de sémillon.

Château Larrivet Haut-Brion 2002 – Pessac Léognan – Grand cru classé (****)
Belle robe aux reflets jaune canari. Nez élégant avec des arômes secondaires. Bouche équilibrée. Finale plus grasse et miellée qui signe le vieillissement du sémillon. Belle longueur.
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser supposer, ce vignoble ne se situe pas à côté de Haut-Brion.
50% de sauvignon, 48% de sémillon et 2% de muscadelle

Château Smith Haut Lafitte 2002 – Pessac Léognan (***(*))
Robe jaune orangée, plutôt foncée. Assez puissant, de concentration moyenne, le vin présente des notes acidulées. Pas très complexe, le vin n’est pas très persistant. Composé uniquement de sauvignon ramassé très mûr, ce vin ne vieillit pas très bien et se révèle être meilleur entre 2 et 4 ans (1998 est, à cet égard, une exception).
100% sauvignon.

Les Hauts de Smith 2001 – Pessac Léognan (****)
Belle fraîcheur, bouche ample, finale assez longue. Excellent rapport qualité/prix. Le second vin, ici dans le millésime 2001, se goûte mieux que le premier vin dans le millésime 2002…

Château Larrivet Haut-Brion 2001 – Pessac Léognan – Grand cru classé (***(*))
Reflets jaunes. Nez relativement complexe mais pas très net. Attaque puissante, creux en milieu de bouche et en finale. Finale courte. Amertume liée à la pourriture grise qui, contrairement à 2002, s’est installée.
Les vins de 2001 sont donc généralement puissants mais pas très purs. Les liquoreux sont particulièrement réussis, de même que les rouges.

Château Couhins-Lurton 2001 - Pessac Léognan – Grand cru classé (***)
Nez avec des notes de pomme. La bouche manque de densité et de profondeur. Peu aromatique et moyennement long, il se révèle un peu décevant.

Château Chantegrive Cuvée Caroline (1992) – Graves (****)
Le nez offre des arômes de cannelle, de safran. La bouche est équilibrée, dense et acidulée. La finale est élégante et longue. Il évolue dans le verre vers des arômes floraux. Très beau vin.
Elevé avec 100% de bois neuf, ce vin est issu de vignes travaillées. Le vin aurait mérité de figurer au rang de cru classé (au moins la cuvée Caroline). 1992, petite année pour les rouges, confirme être une belle année pour les blancs.
38ha de blanc : 50% de sauvignon et 50% de sémillon.

Château Carbonnieux 1964 – Graves supérieures sec (****)
Nez fumé. Attaque grasse, milieu de bouche sur ces arômes fumés et de botrytis. Finale assez longue avec des notes miellées.
1964 est un millésime très chaud pendant lequel, après une pluie, le botrytis s’est déclenché sur tous les blancs. Les liquoreux sont magnifiques dans ce millésime.

Bordeaux blanc Pied d’Argent 1961, cuvée du Négoce ( ?)
Dommage que le vin soit bouchonné car tout semble montrer en bouche qu’il s’agit d’une très belle bouteille.

Graves supérieurs, blanc 1961 – Bouchard père & fils (****(*))
Nez de truffe blanche, de cacao. Un peu de sucre résiduel. Grande finesse, longueur et complexité. Un très beau vin, étonnant. Une démonstration éclatante de la qualité de certains vins de négociants à cette époque.

Château Magence 1959 – Graves (****(*))
Nez présentant de discrètes notes d’eucalyptus. Bouche très fraîche. Légère astringence. Densité et matière. Finale sur une belle acidité. Longueur honorable. Encore jeune.
Aujourd’hui : 50% sémillon et 50% sauvignon. A l’époque probablement proche de 100% de sémillon. Comme Château Chantegrive, Château Magence mériterait de figurer parmi les crus classés.
1959 est un millésime très chaud, d’acidité très faible, comme 2003.

Château Laville Haut-Brion 1966 – Graves – Grand cru classé (*****)
Nez avec une belle palette aromatique et une très grande finesse (truffe blanche…). La Bouche est très élégante et équilibrée, à la fois dense et fraîche, très complexe, avec de superbes notes empyreumatiques. Un monument d’élégance qui reste encore très jeune.
Le vin blanc de la Mission Haut-Brion s’est longtemps appelé « Mission Haut-Brion blanc » avant de porter le nom de Laville Haut-Brion.
1966 : millésime froid et ensoleillé (comme 1996). Ces millésimes tendent à apporter des arômes de truffe blanche.
90% de sémillon au moins.

Château Olivier 1934 – Graves (*****)
Robe brune. Nez miel, caramel, fumé, réglisse (ces arômes de réglisse sont rarement présents sur d’autres blancs que ceux des graves sauf sur des riesling issus de terroirs granitiques…), grande complexité. Bouche avec une très belle matière et un bel équilibre. Les années sont bien là mais le vin aussi. Impressionnant.

CONCLUSION
Après 21 bouteilles, les quelques sceptiques du départ, s’il en existait, ont bel et bien disparu, emportés par la conviction que les Graves sont capables de produire de très grands blancs. Les uns d’ailleurs demandent à être resservis pendant que les autres tentent d’arracher (sans grand mal) quelques conseils d’achat supplémentaires (la « Maison des Graves », à Podensac, par exemple, propose des vins à des prix très corrects). Arrive alors la collation, accompagnée de quelques autres bouteilles : un Champagne blanc de blanc 1993 de Deutz, un sydre « Argelette » 2005 d’Eric Bordelet, un échantillon de très beau Margaux 2003 de Bel Air Marquis d’Aligre ou encore le Morey Saint Denis 1996 du Clos des Lambrays… Malgré l’heure tardive, personne n’a vraiment envie de partir… A quand la prochaine étude de terroir ?

David Flacher.

 
 
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