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Château Bel-Air Marquis d'Aligre (Margaux) : de 1947 à nos jours Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Château Bel Air Marquis d’Aligre

Margaux
Présenté par Bernard Burtschy





Lundi 12 janvier 2009
______________

Le nom du Marquis d’Aligre, homme politique au début du 19ème siècle, a été joint au quartier de Bel Air situé à Margaux pour la création du château Bel Air Marquis d’Aligre. La qualité des parcelles était déjà reconnue à l’époque. Toutefois le château n’a jamais vendu ses vins au négoce bordelais. Or les courtiers ont établis le célèbre classement du Médoc en 1855, ce qui a eu pour conséquence de ne pas inclure Bel Air Marquis d’Aligre. Il a seulement été intégré au classement de 1932 reconnaissant 6 crus exceptionnels, dont par exemple le Château Poujeaux (Moulis en Médoc).
Jean-Pierre Boyer est le propriétaire et producteur de Bel Air Marquis d’Aligre depuis 1950. 13 hectares de terrain sont en propriété, dont 7 hectares seulement sont plantés. Les terres sur ce plateau sont extrêmement légères et confèrent aux vins beaucoup d’élégance et peu de couleur. Le côté ‘gélif’ de ce plateau entraîne des problèmes en moyenne une année sur trois. D’ailleurs le Château Margaux, dont certaines vignes touchent celles de Bel Air Marquis d’Aligre, a protégé ses vignes grâce à un système d’arrosage. L’encépagement est classique, au sens historique du terme, puisque le petit verdot représente un peu plus de 10% (ce qui est très rare de nos jours), et le reste se partage de manière équivalente entre le cabernet sauvignon, le merlot et le cabernet franc. Il est à noter que le château dispose (en très petite quantité) d’une collection exceptionnelle de vieux cépages et de vignes franches de pied. Bernard Burtschy confirme cet "encépagement original, mais pas dans l’histoire". Les quatre cépages majoritaires sont en plus connus pour très bien réussir sur l’aire d’appellation Margaux. Les bâtiments du château sont plutôt en ruine, et la cuverie pourrait faire fuir et inquiéter nombreux visiteurs. Pourtant tous les points clefs de la vinification et de l’élevage sont parfaitement maîtrisés par Jean-Pierre Boyer. Une propreté et une minutie exemplaire sont appliquées à chaque opération. Les vins ne sont pas logés dans les fûts classiques bordelais, mais uniquement en grande cuve de ciment depuis le milieu des années 1950. Auparavant l’élevage était fait en fûts de chêne. Bernard Burtschy précise que c’est "un cru du passé, mais aussi du futur!". Car de nombreux vins "bodybuildés", donc avec beaucoup d’extraction et des élevages en fûts neufs, ne trouvent plus preneur sur le marché national et international. De nombreux Margaux ressemblent plutôt à des vins de Pauillac de nos jours. Les élevages sont longs, au minimum trois ans. Il n’y a aucun second vin et seuls les beaux millésimes sont mis en bouteille. Il n’existe par exemple pas de 1991, 1992, 1993, 1994 et 1997!
Les vins produits par Jean-Pierre Boyer n’ont jamais beaucoup de couleur et présente un style très particulier, mêlant finesse et intensité de parfums. Ils sont volontiers comparés à des vins de Pomerol, voire même à certains grands vins de Bourgogne. Et pourtant ils ne sont souvent pas compris, de part leur singularité. Lors des dégustations d’agrément, raconte Bernard Burtschy, certains dégustateurs ont par exemple noté trop de bois sur les vins, alors que les jus ne voient que du ciment…
Les trois premiers vins de la dégustation viennent à peine d’être mis en bouteille et ne sont pas encore commercialisés.


Les vins de la dégustation

Château Bel Air Marquis d’Aligre 2004
Les vignes ont souffert de la canicule en 2003 et les rendements étaient extrêmement bas cette année. Elles ont donc naturellement produit plus en 2004 et il fallait être vigilant sur le nombre de grappes par pied. L’été a été moyen et de très nombreux vins manquent de concentration.
La robe paraît légèrement évoluée, avec une frange orangée en bordure. Cependant c’est une caractéristique du Château Bel Air Marquis d’Aligre. Les vins ont d’ailleurs tendance à regagner de la couleur au vieillissement. Le nez est d’une extrême finesse, jouant sur un registre d’épices et de floral. Les notes de fruits rouges, dont la framboise, restent discrètes même si elles apparaissent plus à l’aération. Le toucher de bouche est splendide, avec beaucoup d’élégance dans les tannins, très fins et apportant une légère amertume. Le vin gagne en intensité de parfums après quelques minutes et surtout en revenant dessus après les deux vins suivants.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 2003
Bernard Burtschy rappelle que même si l’été a été très chaud, les vignes n’ont pas souffert de sécheresse. Les acidités ont beaucoup baissé mais le niveau d’alcool n’est que moyen en raison d’un ensoleillement global moyen.
Le vin présente une couleur rubis, légèrement brillante. Le nez est plus fermé avec des accents de fruits noirs, de cassis et de cuir. Une pointe réglissée, apportée par le merlot, est notable en bouche. La densité en milieu de bouche est remarquable et donne une touche de puissance, presque inhabituelle pour ce château. Le vin est clairement plus charmeur grâce à son acidité basse, mais dispose de moins de finesse aromatique que le 2004.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 2001
Le millésime 2001 a été "assez parfait de bout en bout". Les vendanges ont toutefois été plus difficiles. Bernard Burtschy ajoute que "2001 a plus de corps que 2000 et plus dense que 2003, et il dépassera 2000 sur le temps [d’une manière générale à Bordeaux]".
D’une robe également sombre, ce 2001 est plutôt fermé initialement. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’il se livre avec des arômes de réglisse, de mûre, de poivre blanc et de fleurs. Le volume en bouche est impressionnant et les tannins ressortent de manière puissante mais ils restent très fins. La finale est très longue sur des notes épicées. Le vin est nettement plus compact et demande au minimum une bonne décennie de repos en cave.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1999
Les rendements ont été relativement élevés à Bordeaux en 1999, ce qui donne aujourd’hui des vins souples. De nombreux 1999 sont par ailleurs dans leur première phase de maturité.
Une pointe d’évolution aromatique se dégage au nez, mais le vin reste très jeune. Les parfums de cuir, de truffe et de poivron apparaissent. Le vin est de demi-corps avec une belle élégance (comme 2004). Les tannins sont mentholés et apportent une grande fraîcheur à la finale.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1990
Le millésime 1990 est parfait sur le plan climatique (comme 2005 et 1982), avec une période idéale pendant les vendanges.
La robe de ce vin surprend par sa limpidité et sa clarté, et sa tonalité orange. La note de poivron, comme pour le 1999, est entrain de basculer vers le poivre, auquel s’ajoute le menthol, le bois précieux (cèdre), la truffe noire, la réglisse et une touche iodée. Le toucher de bouche est remarquable, avec un soyeux inouï et une longueur exceptionnelle. Le vin ne perd toutefois pas en densité, impressionne par son équilibre et est déjà prêt à boire.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1986 (en magnum)
1986 est un très grand millésime dans le Médoc, avec une acidité plutôt haute. Pour produire de grands vins, il faut une maturité lente, ce qui fût le cas.
Le premier nez montre un vin d’une grande jeunesse, très frais et fin. Il se développe sur des notes de poivre, d’épices, de fruits noirs et de menthol. L’aromatique est bien formée mais plus jeune que le 1990. Les tannins sont encore bien présents ce qui confère au vin un côté strict, puissant et austère. Ce vin, servi en magnum, est loin de son apogée et possède une fraîcheur supplémentaire.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1982

1982 est un autre millésime exceptionnel à Bordeaux, même si l’appellation Margaux a souvent réussit à produire de plus beaux vins en 1983 (notamment le château Margaux).
Bel Air Marquis d’Aligre 1982 est encore dans une phase primaire et demande du temps pour se livrer. Son bouquet présente une note noble de poivron rouge, accompagné de truffe et de petits fruits rouges. La densité en bouche confirme la maturité des raisins. Les tannins sont encore légèrement présents en finale et ne permettent pas à ce stade le développement aromatique du bouquet. Le vin se caractérise par beaucoup de fraîcheur et d’élégance. C’est un modèle de grand Margaux.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1973

Des pluies importantes ont touché Bordeaux en 1973 et le millésime est considéré comme extrêmement délicat. La très grande majorité des vins sont depuis longtemps en déclin et peu présentent un intérêt aujourd’hui. Seuls Château Latour et quelques vins de Pomerol sont encore agréables. Or Bel Air Marquis d’Aligre ne met ses vins en bouteille que lorsque ceux-ci sont dignes d’être présentés.
Et effectivement, ce vin présente un nez "somptueux", très ouvert avec des notes de truffe noire, de chocolat et une pointe iodée. Son élégance est frappante et sa légèreté en bouche est caressante. La longueur n’est naturellement pas aussi grande que les vins précédents, mais ne démérite pas. La finale présente un caractère très légèrement terreux. Même si la bouche ne répond pas tout à fait aux attentes du nez, c’est un exemple remarquable de ce château dans un tel millésime, et une preuve incontestable de sa qualité et de son vieillissement.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1970

Le millésime 1970 présente plus de couleur que le précédent. L’aromatique est également bien développée avec des accents de girofle, de havane et de truffe. Le vin est dense et son corps présente un beau volume. Il apparaît encore jeune et frais.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1964

L’année 1964 a permis de produire de grands vins Rive Droite. La pluie à partir du 8 octobre a pénalisé le cabernet sauvignon et les châteaux récoltant tardivement, comme Calon Ségur et Mouton Rothschild. L’appellation Margaux est souvent mûre huit jours plus tôt et a par conséquent été favorisée.
La robe est très claire, et le nez surprend par ses accents de vin blanc. Il est dominé par les agrumes et le zeste. On retrouve cette fraîcheur en bouche grâce à un corps léger et une acidité plutôt haute. Les notes d’écorce d’orange donnent de l’allonge à la finale.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1961 (en magnum)
1961 est l’un des deux ou trois plus grands millésimes du siècle à Bordeaux. La raison principale est le rendement très faible. La floraison a été délicate et il a encore neigé le 30 mai (!). Le millésime a ensuite été parfait comme 1982 (qui a connu, à l’inverse, de très hauts rendements). Les faibles quantités de raisin récoltées ont montré une grande concentration, à l’image des 1921.
La robe est sombre, presque opaque. Le vin délivre une note parfaite et intense de truffe noire, de cacao, de balsamique et de mine de crayon. Une pointe d’oxydation empêche ce magnum d’être parfait, mais la densité en bouche est tout à fait exceptionnelle. Les tannins, et ce malgré l’âge du vin, sont toujours présents. La bouche libère un moelleux et un soyeux sensationnels. Pour Bernard Burtschy, c’est "l’un des vins les plus concentrés du millésime".

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1955
Le millésime 1955 est qualifié de très haut niveau, comme 1970, avec une évolution très lente.
Le vin est marqué par des notes de violette, de poudre de cacao, de kirsch et de liqueur, avec un caractère presque de Porto vintage (sans aucune lourdeur). Il est doté de moins de puissance en bouche grâce à une superbe acidité. Les tannins sont très légers et parfaitement mûrs. La finale libère une vraie tension apportant une grande fraîcheur et une ‘buvabilité’ extraordinaire.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1948
1948 est une année froide. Le millésime a longtemps été sous estimé, pour ne pas dire ignoré (car se trouvant entre deux très beaux millésimes : 1947 et 1949), car les vins ont été durs et austères jusqu’à récemment. 2001 pourrait très bien suivre le même parcours, dans l’ombre du 2000.
Le nez est absolument envoûtant, avec des accents bourguignons indéniables, sur des parfums de fruits rouges, de gariguette et de rose épicée. Le toucher de bouche est d’une délicatesse impressionnante et les tannins sont très fins. Seule une très légère amertume et un côté terreux viennent rappeler que le millésime n’a pas été parfait. Et connaissant les conditions, cette bouteille n’est que plus appréciable et d’un niveau tout à fait sublime.

Château Bel Air Marquis d’Aligre 1947 (en magnum)

A l’inverse de 1948, l’année 1947 a été très chaude. Les vins produits ont souvent une acidité volatile importante.
De manière paradoxale, la robe de ce vin est plus claire que la précédente. Le bouquet est magique avec des notes de truffe noire et d’épices orientales. A l’aération apparaît la rose fanée. Les arômes sont d’une très grande subtilité, et Bernard Burtschy ajoute que "c’est l’un des 1947 les plus subtiles que je connaisse". Il n’y a aucune note d’acidité volatile. La fraîcheur du vin est aussi remarquable et s’explique par la quantité de petit verdot, plus importante car ce cépage était plus largement présent avant le gel de 1956.
Le débat sur les préférences entre le 1947 et le 1948 permettent de poursuivre les discussions, chacun ayant son avis. Dans tous les cas, ce sont deux chefs-d’œuvre dans deux styles différents : un couple extraordinaire!


Seul un personnage d’une grande sensibilité comme Jean-Pierre Boyer peut produire des vins aussi touchants. Bernard Burtschy ajoute qu’il "considère qu’au bout de 20 à 30 ans de bouteille, le château Bel Air Marquis d’Aligre est au niveau des premiers crus!". Et la dégustation de ce soir ne pourra que confirmer ces propos. Il faut du temps aux vins pour pouvoir développer tout leur bouquet et leur élégance. Ils sont dotés d’un grand style, parfumés et raffinés. Des vins "du passé et du futur"!


CR : David Rayer


 
 
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